[Pérou] Etat des lieux du projet « Habla Mujer » avec CENCA

Le mois dernier, Lila, chargée de formation à Frères des Hommes, nous restituait ses observations sur les méthodes d’accompagnement et d’animation de CENCA auprès des femmes de Mariategui. Aujourd’hui, après plusieurs années d’accompagnement, c’est Caroline Kientz (Responsable du développement des partenariats), Léa Guillaut (Chargée de projets) et Marie Bouret (Responsable de formation à l’étranger et coordinatrice de pôle) qui nous restituent leur mission de bilan du projet « Habla Mujer » et ses perspectives pour les prochaines années.

Depuis plusieurs années, CENCA et Frères des Hommes mènent le projet, « Habla Mujer », qui vise à renforcer les capacités d’agir des femmes, pour qu’elles soient autrices du développement de leur territoire en impulsant des propositions de changement social et politique.

Que ce soit en termes de relation partenariale, d’activités et de formation, cette mission avait pour objectifs de dresser un bilan des activités conduites depuis presque 3 ans pour se projeter sur un prochain projet de 3 ans.

En détails, il s’agissait de faire le point sur les activités pour comprendre et analyser les écarts entre ce qui était initialement prévu et ce qui a pu être réalisé afin d’ajuster la planification des activités des prochains mois. De plus une formation de l’équipe de Cenca sur la gestion financière et des visites terrains pour rencontrer les femmes actrices du projet ont complété cette mission.


Des ateliers de bilan


©Frères des Hommes
En arrivant à Mariategui, des ateliers de bilan ont été organisés entre l’équipe de Cenca et celle de Frères des Hommes. « Lors du bilan, l’idée était, via plusieurs techniques d’animation, de faire ressortir les grosses difficultés pour après travailler sur des pistes de solutions et voir ce qu’on peut mettre en place tout de suite en fin de projet ce qu’on mettra en place que dans un futur projet de 3 ans. ». Grâce à un échange faisant ressortir « une pépite – un râteau », l’équipe de Cenca a pu dresser des catégories d’actions avec leurs problématiques pour ensuite créer « des binômes, où chacun propose des pistes de solution visant à répondre à un paquet de difficultés donné. Suite à quoi, on regardait ce qui était réalisable dans le présent et qu’est-ce qui aller demander plus de temps. (…) L’après-midi nous sommes revenus sur les 4 gros volets du projet afin que chaque binôme puisse réfléchir à ce qu’il souhaitait garder, créer ou cesser pour un nouveau projet. » (Caroline).

Les 4 volets s’articulaient autour des thématiques suivantes :

  • « accompagnement technique et économique »
  • « sécurité alimentaire »
  • « plaidoyer participatif »
  • « accompagnement social »

« Ce qu’on a observé c’est que de manière générale, il n’y a rien qu’ils souhaitaient cesser de faire. » (Caroline).

Partage des résultats de l’analyse d’impact


©Frères des Hommes
Un atelier de partage des résultats de l’analyse des impacts du projet a été réalisé auprès de toute l’équipe de Cenca.
« Suite à cette présentation animée avec Emma (volontaire de Frères des Hommes à Cenca), les membres de l’équipe ont ensuite travaillé sur chaque recommandation pour savoir si c’était : pertinent, réalisable dans son application et prioritaire. Une mise en commun de toutes les réflexions a permis de faire ressortir des éléments clés pour alimenter le prochain projet. » (Caroline). Un programme bien chargé et condensé sur seulement quelques jours pour nous permettre ensuite de passer à la phase de réflexions stratégiques pour les projections sur les prochaines années.

Après les bilans et les analyses : place aux projections pour l’avenir


©Frères des Hommes
« Cet atelier de photolangage visait à ce que chaque membre de l’équipe de Cenca choisisse une carte qui représentait le plus grand défi à relever pour le prochain projet et une carte représentant leur vision idéale. Le but était de comprendre ce qu’ils et elles souhaitent atteindre en termes d’impacts auprès des femmes. La mise en commun des cartes nous a permis de co-construire un objectif partagé pour le prochain projet. » (Léa)
Une dernière journée de travail a permis de mettre le dernier temps focus sur les types d’acteur-ice-s à accompagner. L’équipe de Cenca a déterminé qu’il y en aurait 4 :

  • Continuer de s’ouvrir à des nouvelles femmes, habitantes de Mariategui mais aussi à des femmes d’autres communes environnantes
  • Poursuivre avec les femmes déjà accompagnées, mais en leur donnant un nouveau rôle comme par exemple celui de leadeuse communautaire
  • Davantage travailler avec les familles des femmes accompagnées
  • Renforcer les collectifs de femmes déjà existants type Ollas Communes (cuisines communautaires)


©Frères des Hommes
« Les participant·e·s ont travaillé à définir des pistes d’accompagnement pour chaque type d’acteurs afin d’atteindre cette « vision idéale » préalablement définie et validée. L’outil des nappes tournantes a été utilisé pour permettre à chacun·e d’alimenter les propositions pour les 4 types d’acteurs identifiés. Un gros travail d’analyse de tous les éléments proposés a été fait par l’équipe de Frères des Hommes pour proposer une première charpente du futur projet qui a été présentée le lendemain à l’équipe de Cenca. L’équipe va continuer de s’en saisir et de l’affiner dans les prochains mois. » (Léa)

Des visites de terrains : nécessaires à la capitalisation des impacts du projet


©Frères des Hommes
« J’ai pu assister à des moments d’échanges organisés par Cenca avec les femmes accompagnées. Elles ont témoigné de leur participation et rôle au sein du projet et partagé les effets des actions dans leur quotidien. Etaient présentes des femmes qui ont participé à différents espaces du projet : formations techniques, à la fois dans le centre de formation (pâtisseries, couture et décoration) et à la chapelle (lieu dans lequel Cenca fait de nombreuses activités) dont les formations émancipatrices. Etaient également présents ce jour-là des jeunes adolescentes mobilisées la veille par Cenca autour d’un match de foot. Ce qui était intéressant c’était d’observer que les témoignages des femmes captaient vraiment l’attention de ces jeunes adolescentes, qui étaient très intéressées pour participer aux activités et particulièrement aux activités de formations techniques. Notamment car la femme montrant la chaussure les a inspirés en parlant de son parcours, de l’apprentissage de la confection de la chaussure jusqu’à l’apprentissage économique entrepreneurial sur la gestion de son business grâce aux différentes formations qu’elle a suivi. » (Léa)


©Frères des Hommes
« Les visites se sont poursuivies dans le quartier de Mariategui pour découvrir « les jardins urbains / mini potagers » que les femmes mettent en place. Toute une partie du projet a permis de créer, comme le réseau des ollas communes, un réseau de jardins. Les femmes font des échanges de pratiques, de boutures, comme on peut le voir sur la photo à gauche où une femme (en rouge) donne des boutures de légumes à une autre et lui donne notamment des conseils pour l’entretien et le bon développement de ces légumes. » (Léa)


©Frères des Hommes
« J’ai assisté ensuite à l’une des sessions « Habla Mujer », avec des groupes de parole et d’écoute pour les femmes qui sont victimes, ou non, de violences, et qui peuvent venir parler des situations qu’elles vivent chez elles. Là c’était la troisième session. Il faut savoir que les sujets sur lesquelles les femmes souhaitent échanger sont définis par les femmes en amont de la première session. Suivant la thématique et le domaine d’expertise requis, c’est une personne différente de l’équipe qui vient animer la session. Cette 3ème session portait sur un volet plus juridique pour « reconnaître une violence ». C’était donc Esther, la juriste de Cenca, qui animait les échanges. Un des temps forts a consisté à placer les violences sur un violentomètre, pour voir comment réagir en fonction du degré de la violence et mieux savoir s’en défendre. » (Léa)


Cette mission a ainsi permis de prendre du recul pour analyser les effets de notre projet sur les populations actrices et pour envisager les prochaines actions à mettre en place sur les prochaines années. Cela confirme et consolide notre vision commune de la transformation sociale et notre volonté de poursuivre nos actions avec les femmes accompagnées par Cenca.