Bilan de la troisième phase du projet « Ranfo Lavi Peyizan » en Haïti

Nous agissons avec Le Mouvement Paysan Papaye depuis 25 ans en faveur de l’agriculture paysanne Haïtienne. Depuis 2014, nous menons un projet (Ranfo Lavi Peyizan) qui vise à renforcer les capacités techniques, citoyennes et politiques de 3 types de collectifs paysans (groupements paysans, brigades agro-sylvicoles et comités citoyens) pour qu’ils s’engagent pour le développement et la transformation de leurs territoires de manière durable. Ce projet s’articulait en trois phases. Découvrez le bilan de la troisième phase du projet « Ranfo Lavi Peyizan ».

Le contexte du pays et du projet

Haïti fait face à une crise sécuritaire majeure qui a isolé le Plateau Central, notamment après la prise de Mirebalais en avril 2025, qui a coupé la liaison entre Port-au-Prince et le Nord et enclavé Hinche et Mirebalais. Cette situation a entraîné l’arrêt des activités dans la zone de Mirebalais, à cause de la forte restriction des déplacements.

Cette grave crise sécuritaire génère de lourds chocs socio-économiques, avec l’arrivée massive de personnes déplacées à Hinche, une émigration accrue et un dysfonctionnement des marchés agricoles marqué par la chute des prix et l’inflation. Dans un contexte de pauvreté croissante, d’insécurité alimentaire et d’effondrement des services publics, la fragilisation de l’État est manifeste. Le MPP joue alors un rôle essentiel pour soutenir les communautés rurales et maintenir des formes locales de résilience.

Notre partenaire, le Mouvement Paysan Papaye (MPP)

Fondé il y a quarante ans sur le Haut Plateau Central par l’agronome Chavannes Jean Baptiste, le Mouvement Paysan Papaye rassemble aujourd’huiplus de 60 000 membres organisés en groupements de femmes, d’hommes et de jeunes. Environ 30 % sont des femmes, et l’organisation compte une centaine de salariés.


Membres de l’équipe du MPP et localisation du projet / ©FdH

Reconnu d’utilité publique et actif depuis 1973, le MPP défend les droits paysans tout en soutenant le développement rural  : appui économique, accès aux semences, au bétail, au micro crédit, aux formations et aux services essentiels. Son objectif est de promouvoir une agriculture familiale durable et de renforcer les groupements pour qu’ils puissent interpeller l’État et obtenir un meilleur soutien pour les exploitations haïtiennes.

Notre projet “Ranfo Lavi Peyizan”

Les évolutions du projet



Les objectifs de cette troisième phase

  1. Renforcer les collectifs et leur gouvernance pour qu’ils deviennent autonomes.
  2. Développer et pérenniser des activités socio-économiques et environnementales durables.
  3. Développer des actions concertées pour l’environnement et la jeunesse.

Le bilan de cette troisième phase du projet

1. Des collectifs structurés dans leur gouvernance en vue de leur autonomisation

Les résultats montrent que les collectifs paysans gagnent en autonomie. Au total, 33 BAS (bridages agro-sylvicoles) et 50 groupements* ont été accompagnés, ce qui leur a permis de mieux s’organiser et de fonctionner de manière plus indépendante.

Les différents types de collectifs paysans et leurs rôles :

  • Les groupements paysans sont des équipes de paysan·ne·s du MPP qui unissent leurs forces pour développer ensemble des activités agricoles comme l’élevage, le maraîchage ou les pépinières. En travaillant collectivement, ils renforcent leur production et leurs revenus.
  • *Les brigades agro-sylvicoles (BAS) rassemblent des paysan·ne·s formés à l’agroécologie qui transmettent leurs savoirs et soutiennent les actions locales de protection de l’environnement. Concrètement, les membres des BAS se rendent chez un·e paysan·ne pour l’aider à mettre en place des pratiques agricoles durables.
  • Les comités citoyens, créés lors de la deuxième phase du projet, regroupent 10 à 15 habitant·e·s d’une même communauté, qu’ils soient membres ou non du MPP. Leur objectif est d’imaginer et de mener ensemble des actions concrètes pour protéger l’environnement et répondre aux besoins locaux.

L’élaboration de règles internes claires a aidé chacun à savoir comment participer aux décisions, et les espaces de discussion ont été relancés pour que les choix importants soient pris ensemble. La participation progresse aussi : presque la moitié des membres sont des femmes (46%) et de plus en plus de jeunes (19%) s’impliquent.

Tous les comités citoyens sont désormais reconnus, et un réseau officiel a même été créé, ce qui renforce leur poids dans les communautés.


Formation sur les stéréotypes de genre et d’âge / © FdH

Par ailleurs, 145 membres ont été formés sur l’égalité femmes hommes, l’éco citoyenneté et l’adaptation au changement climatique, avec un guide pour transmettre ces connaissances à tous.

Enfin, huit rencontres entre collectifs ont permis de renforcer l’entraide et le partage d’expériences, ce qui consolide encore leur capacité à agir ensemble.

2. Des activités socio-économiques et environnementales pérennisées

L’augmentation de 84 % des surfaces cultivées, soit 58,24 hectares supplémentaires, témoigne d’une hausse notable de la production agricole, tandis que 77 % des membres adoptent désormais des pratiques agroécologiques améliorant la qualité des cultures et les rendements.

Les 17 mutuelles de solidarité fonctionnelles renforcent la résilience financière des familles et la cohésion communautaire. La diversification des activités économiques (jardins, élevage, pépinières etc) illustre la capacité des collectifs à s’adapter aux besoins locaux et à mieux planifier leurs actions.

Par ailleurs, 32 groupements ont été formés en santé animale et petit élevage, contribuant à de meilleures pratiques et à l’augmentation des cheptels, tandis que 50 groupements et 20 BAS ont été renforcés en gestion et comptabilité, favorisant l’émergence d’une véritable culture de gestion.


Formation sur la tenue foncière agricole / © FdH

Les actions de sensibilisation au foncier, ayant touché 336 personnes et été appuyées par une campagne de plaidoyer, ont encouragé la formalisation des pratiques.

La création de 14 pépinières et 9 parcelles modèles facilite la diffusion de techniques agroécologiques durables.

Enfin, le renforcement du MPP par Gradimirh consolide les capacités locales d’accompagnement économique, pour garantir la continuité et l’impact des actions engagées.

3. Des actions concertées mises en place en faveur de la jeunesse et de l’environnement par les Comités Citoyens

Les actions concertées menées par les Comités Citoyens ont permis de structurer une véritable dynamique territoriale en faveur de la jeunesse et de l’environnement.

La mise en réseau des comités à l’échelle locale a favorisé l’émergence d’une mobilisation collective, désormais reconnue par les autorités puisque l’ensemble des comités est capable de dialoguer efficacement avec elles.

Cette dynamique s’est accompagnée d’un important travail de capitalisation et de diffusion des bonnes pratiques d’engagement citoyen, à travers des outils variés tels que bannières, vidéos ou photolangage, renforçant ainsi l’appropriation locale.

Enfin, une analyse d’impact des actions menées, tant sur le plan environnemental que social, a permis de mesurer les effets concrets de ces initiatives et d’alimenter une amélioration continue des démarches participatives.


Analyse des changements, de l’impact et la durabilité des dynamiques à l’issue des 3 phases du projet Ranfo Lavi Peyizan / © FdH


Un immense merci à toutes celles et ceux qui, de près comme de loin, ont contribué à concevoir, mettre en œuvre et faire vivre le projet Ranfo Lavi Peyizan pendant plus d’une décennie, au service de l’autonomisation des collectifs paysans haïtiens, malgré un contexte particulièrement difficile.

Si le projet touche aujourd’hui à sa fin, notre partenariat avec le Mouvement Paysan Papaye se poursuit, porteur de nouvelles perspectives et d’un engagement commun qui reste intact.