Peux-tu nous présenter l’APEF et le projet que nous menons ensemble ?
L’APEF est une organisation qui travaille depuis 1996 pour l’éducation et l’autonomisation des femmes et des jeunes dans la région de Bukavu en République démocratique du Congo. Nous intervenons surtout auprès de personnes en situation de vulnérabilité. Nous intervenons aussi dans l’agroécologie.
Notre projet avec FDH se concentre sur l’émancipation des femmes. Notamment en leur redonnant confiance en elles, pour qu’elles puissent ensuite développer leurs propres activités génératrices de revenus, via des ateliers et des formations émancipatrices et entrepreneuriales. Cela leur permet de retrouver une estime de soi et de trouver leur place dans leur communauté.
Étant au plus proche des femmes accompagnées par le projet, quels sont les choses (ateliers, formations, nouveautés, adaptations) qui ont contribué à faciliter nos actions selon toi ?
Ce qui nous aide, ce sont les ateliers participatifs. Les femmes échangent et partagent leurs expériences de vie. Et les formations, via la pratique, contribuent à ce qu’elles puissent créer une activité économique génératrice de revenus.
L’accompagnement psycho-social est aussi capital, car on s’est rendu compte que beaucoup d’entre elles avaient un besoin crucial de se confier et d’être écoutées pour parler de leurs ressentis, et des abus qu’elles ont subi.
Ce sont ces temps de partage d’expériences qui sont essentiels. Et au sein de l’équipe, on fait en sorte qu’elles se sentent libres de venir vers nous.
Peux-tu justement développer comment se fait l’accompagnement psycho-social que nous menons conjointement avec Batik International ?
Nous avons bénéficié d’un renforcement des capacités d’accompagnement de notre équipe avec Batik et avec un psychologue. D’abord, nous avons mis en place des espaces d’écoute entre nous au sein de l’équipe de l’APEF, et petit à petit, les femmes ont commencé à se confier à nous. Ça nous a permis de mieux comprendre leur réalité et d’adapter nos modalités d’accompagnement.
Cet accompagnement psycho-social est une nouveauté du projet ?
Oui car nous nous sommes rendu compte que sans espace d’écoute, d’accueil de leurs récits et d’échanges d’expériences avec l’accompagnement psycho-social, leurs situations ne pouvaient pas vraiment changer. Avec l’invasion du M23 l’année dernière, c’est devenu plus que crucial pour continuer nos actions. Beaucoup d’entre elles ont subi de gros traumatismes. C’est pour ça que nous organisons régulièrement des descentes de terrain aussi avec les animatrices, pour échanger avec les familles. Cela nous permet d’être aussi en relation avec les parents, et de mieux comprendre leurs comportements. Ça permet aussi à la famille de voir l’impact que nous avons. Même si ça ne marche pas toujours bien, ça évolue et nous observons des changements. Car quand des personnes participent aux ateliers et aux formations, nous les incitons à en parler autour d’elles pour favoriser le changement au sein de leur communauté. Par exemple à leurs familles, à leurs voisins, quand elles vont à l’église etc. Et pour le permettre, nous les formons à l’estime de soi pour qu’elles aient confiance en elles et qu’elles osent prendre la parole devant les autres.
Et tout ça, c’est grâce à notre écoute. Et malgré la situation sécuritaire , nous continuons d’agir pour permettre ces changements-là, pour les femmes et pour la communauté.
Des cercles de paroles entre hommes sont aussi organisés au sein du projet : qu’observez-vous depuis leur mise en place ?
On s’est rapidement rendu compte qu’il était essentiel de travailler aussi avec les hommes pour que les changements puissent se faire. Car si on ne travaille pas avec l’homme, il ne va pas aider la femme dans son processus de transformation sociale. On a observé que la promotion d’une masculinité positive permettait de réduire la résistance des hommes à l’évolution des femmes. Cela permet de créer un environnement plus favorable pour le développement de leur situation. On constate de vrais impacts sur les hommes qui participent à ces ateliers. Car ici, les stéréotypes sont très fortement ancrés dans la culture. C’est un long processus, mais on sait que plus tard, ça portera ses fruits.
Comment vous vous adaptez depuis l’offensive du M23 ?
La situation récente a été vraiment très difficile. Les équipes ont dû s’adapter, et parfois travailler dans des conditions dangereuses. Du côté des femmes, certaines ont été déplacées, d’autres ont perdu leurs activités. Mais malgré ça, il y a une vraie volonté de continuer. Toute l’équipe reste engagée. Nous avons adapté nos horaires de formation ainsi que nos visites à domicile. Si nous ne pouvions pas être présents physiquement, nous gardions les activités à distance en travaillant en ligne.
On s’est dit qu’il n’y avait pas moyen de les laisser, mais qu’il y avait moyen de s’adapter. Et cette adaptation de la part de l’équipe leur donne de l’espoir car elles se sentent encore plus considérées. Nous n’avons pas arrêté nos activités, nous les avons adaptées.

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