« Former fait partie de mon métier »

Véritable enjeu du projet mené avec la Kora-PRD, la (bonne) transmission du savoir de l’artisan à l’apprenti était l’objet des formations organisées en mai dernier à destination de 200 artisans. A chaque fois, un binôme de formateurs (artisan et non artisan) était aux commandes. Cheikh Dieng était du côté « non artisan ». Il a raconté comment il avait vécu ses formations à Hélène Izri, notre volontaire au Sénégal.

Une rapide présentation ?

Je m’appelle Cheikh Dieng, j’habite Guédiawaye (ville côtière du Sénégal) et je travaille pour une association qui s’appelle ANPD : Association Nationale pour la Prévention et le Développement.

Pourquoi as-tu été sélectionné pour être formateur en pédagogie ?

Au début du projet, l’équipe de la Kora-PRD est venue à notre siège afin de nous présenter le projet car ils souhaitaient qu’il se déroule en partie sur le territoire de Guédiawaye. Nous leur avons expliqué que notre force était la santé communautaire, que nous n’étions pas spécialisés dans l’artisanat et l’entrepreneuriat. Mais ayant un bon ancrage communautaire, on s’est engagé à les soutenir tout au long de ce projet. Former fait partie de mon métier. Et j’avais déjà participé à plusieurs élaborations de documents tels que des guides ou des curriculums. Ce n’est donc pas ma première formation, mais c’est la première que j’effectue pour un partenaire avec ses exigences et ses outils.

Quel était le public de ta formation ?

J’avais entre 19 et 21 maîtres artisans avec à peu près autant de femmes que d’hommes, dont la majorité était analphabète. Il y avait des menuisiers bois, des coiffeuses, des couturières, teinturières et transformatrices.

Cheikh Dieng lors d’une des formations sur la transmission du savoir

Quel était le déroulé des 3 jours de formation ?

C’est une formation qui s’est déroulée en 12 sessions, avec 4 sessions par jour. Pour la première journée c’était la phase de présentation, d’interconnaissance, etc. C’était une phase compliquée car les participants devaient s’ouvrir pour se présenter et apprendre à se connaître. On leur a présenté aussi les objectifs, l’agenda des journées etc. L’après-midi était destinée à la phase d’apprentissage : pourquoi le maitre artisan doit former son apprenti et comment.
Lors de la 2ème journée nous avons décrit les différentes étapes de conception d’un produit artisanal. Un jeu de rôle sur la relation entre le maitre artisan et ses apprentis est venu illustrer cette activité.
La dernière journée était axée sur la phase d’évaluation, la phase « post formation » afin de réfléchir à un mécanisme qui pourrait durer sur le long terme. Si le projet n’est pas renouvelé ou que la Kora-PRD ne peut plus soutenir les artisans que peut-on faire pour pérenniser ces actions ?

Quels sont les objectifs et les résultats attendus de la formation en pédagogie ?

De mieux transmettre leurs connaissances à leurs apprentis.

Cheikh Dieng lors d’une des formations sur la transmission du savoir

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées lors de la formation ?

J’ai effectué 2 formations dans différents quartiers de Guédiawaye : la première à Gounass et la deuxième à Wakhinane. Pendant j’étais en binôme avec un artisan. J’ai remarqué que dans ce système de binôme il y en a toujours un qui porte plus la formation que l’autre. L’artisan maitrisait plus son métier mais il n’avait pas beaucoup de compétences en facilitation et moi, en tant que technicien, je ne maitrise absolument rien de l’artisanat mais je suis diplômé en facilitation. Mais on a réussi à se compléter : quand je travaillais sur un point il faisait un parallèle avec son expérience. Moi j’étais doué dans le bon déroulement de la formation et lui dans le partage d’expériences. Donc c’était à la fois difficile et pertinent. Pour répondre à ces difficultés, pendant les formations on se retrouvait chaque jour avec l’autre binôme de Guédiawaye et on échangeait ensemble sur les problèmes et les avancés.

Pour la 2ème formation c’était plus simple car on était 4, on se complétait bien aussi. On s’est réuni en amont de la formation afin de définir ensemble sur quelle partie chacun était le plus à l’aise afin de bien dérouler le kit de formation. Mais pendant cette 2ème session nous avons eu du mal à gérer les retards des participants.

Avez-vous eu des surprises ?

Pendant la première session de formation on a senti vraiment un engagement de la part des apprenants, ils ont vraiment aimé le programme. Ils ont créé un groupe WhatsApp « Kora » afin de pouvoir échanger régulièrement et organiser des temps de rencontre pour mettre en place des actions communes et fédérer leurs forces. Il y en a eu un premier et ils attendaient la fin du ramadan pour pouvoir en organiser un deuxième.
La présence de l’équipe de la Kora PRD et de Frères des Hommes m’a étonné car ils assistaient à toutes les formations. Chaque jour il y avait un débriefing avec l’équipe afin de voir ce qu’il y avait à améliorer ou à maintenir dans notre façon de former. Ils ont mis le paquet pour que les artisans soient dans d’excellentes conditions.