Rwanda : « capitaliser » le changement [Episode 1]

Recueillir, analyser l’expérience et les méthodes pour poursuivre le changement, voilà pourquoi il est important de « capitaliser » un projet. C’était l’objectif au Rwanda de Chloé Inisan – chargée de mission formation et Estelle Bergerard – responsable gestion des projets. Nous les avons suivies sur place pendant une journée.

Démarré en 2012 et récemment terminé, le projet menée par Frères des hommes et les associations rwandaises Duhamic-Adri et Adenya avait pour ambition de former des paysans rwandais (d’une des zones les plus pauvres du pays) à une agriculture adaptée à leur réalité et à s’organiser en « groupements » pour être entendus des autorités locales. L’union fait la force. De ce projet dont se sont dégagées beaucoup d’expériences, de méthodes de formation, d’organisation. Une fois recueillies et analysées, celles-ci vont être utilisées dans la stratégie des deux organisations rwandaises du projet.

Ce processus de recueil et d’analyse, (la capitalisation) avait avait débuté en septembre dernier. C’est donc en décembre que Chloé Inisan et Estelle Bergerard se sont rendues sur place pour accompagner sa conclusion. Et aborder avec les partenaires locaux un des aspects les plus importants du projet : l’animation rurale, c’est à dire l’accompagnement des « groupements » de paysans autour de différentes activités agricoles ou de sensibilisation.

Questionner, reformuler, aiguiller la discussion

Autour de la table ce lundi 12 décembre à Kigali, des « historiques » de l’association Duhamic-Adri, des animateurs de terrain, des coordinateurs du projet. Estelle Bergerard le suit depuis le début, elle connait les association partenaires et le contexte. Chloé Inisan a mené des ateliers de capitalisation au Sénégal Avec leur recul, elles questionnent, reformulent et aiguillent la discussion. Revenir sur les pratiques d’animation rurale, c’est revenir sur l’histoire de l’association. Celle-ci est à la base une coopérative, créée en 1979. En 1994, elle voit apparaitre les premiers animateurs/coordinateurs, qui alors cumulent les deux missions. Peu à peu, Duhamic Adri confie un autre rôle aux animateurs. Ils deviennent « partie prenante de la communauté » ou « community based volunteers ». L’animateur vit avec les paysans qu’il suit ou est très proche d’eux. Un des grands changement dans son travail intervient lorque les familles paysannes ont été équipées de téléphone portables. Pour Innocent Benineza, le directeur de Duhamic-Adri, c’est cela qui a « favorisé l’horizontalité du travail, le téléphone a beaucpui accéléré le travail de l’animateur qui est en contact dirtect avec les paysans ». Plus surprenant, l’application whatsapp s’invite aussi dans l’animation rurale car grâce à cette messagerie instantanée, les animateurs communiquent entre eux et échangent en temps réel sur leurs expériences.

Les animateurs ont été à la base de la reconstruction

Le génocide est sur toutes les bouches. Un des fondateurs de Duhamic-Adri, François Xavier Guassimba, revient sur ses conséquences : « la période post-génocide a été très complexe, il y avait beaucoup de méfiance, de suspicion. L’animateur devait se concentrer sur une culture de paix. On faisait se rassembler les paysans, et ils partageaient leurs expériences, notre but était de se baser sur l’idée de développement ». C’est pour tous les participants une période de renaissance, de changement, pendant laquelle il fallait travailler en synergie, dans un cadre concerté. Vérène Nyirabalinda, une des coordinatrices, ajoute : « les animateurs ont été à la base de la reconstruction, il ne fallait pas rester sur une logique d’urgence mais de développement ». François Xavier conclut : « le travail de réhabilitation a été énorme, le rôle de l’animateur a été de former aux techniques de gestion. Un des défis était de reconstituer le stock de bétail, décimé pendant le génocide. »

Le lendemain de ce premier atelier à Kigali, Chloé et Estelle se dirigeaient vers le sud, dans le district de Nyabimata, pour renouveler l’exercice avec les membres d’Adenya, l’autre association rwandaise impliquée dans le projet. Mais un des moments les plus importants de cette mission de « capitalisation » venait à suivre : deux jours de rencontre avec les 24 animateurs/trices de terrain des deux organisations. En introduction de la 1ère journée, Estelle, Chloé et Juvénal Turahirwa (un des coordinateurs d’Adenya) se sont adressés aux participants : « le but est vraiment de raconter comment vous avez animé, avec qui, comment vous avez perçu les choses, ici est l’espace pour en parler ».

[Episode 2 à suivre]