Bolivie : un voyage d’échange entre CENCA et IPTK pour apprendre, s’inspirer et construire ensemble

Début septembre, des représentant·es de CENCA, partenaire de Frères des Hommes au Pérou, et de l’IPTK, organisation bolivienne, également partenaire, engagée auprès des communautés rurales et autochtones, se sont retrouvés en Bolivie pour une semaine d’immersion et de partage. Au programme : visites de terrain, échanges méthodologiques, rencontres avec des groupes accompagnés et réflexion commune sur les enjeux qui traversent leurs territoires. Au-delà de la découverte mutuelle, ce voyage a permis de renforcer des liens de confiance et de faire émerger de nouvelles perspectives de collaboration.

Se connaître pour mieux agir ensemble

L’objectif premier de cet échange était de confronter les expériences de deux organisations qui interviennent dans des contextes différents mais poursuivent une même ambition : accompagner les populations les plus vulnérables dans la défense de leurs droits et le renforcement de leur pouvoir d’agir.
Pour Patricia, sociologue de CENCA, cette rencontre a représenté une occasion unique de croiser les savoirs et les pratiques : « L’objectif de ce voyage d’échange était de partager les expériences, les connaissances, les contextes, les récits et les enseignements que chaque organisation a acquis au fil des ans. Cet échange contribue à l’enrichissement mutuel des deux organisations. »

Les participant·es ont notamment pu comparer leurs approches en matière d’égalité de genre, de participation communautaire et de formation citoyenne. CENCA intervient principalement dans les quartiers urbains populaires du Pérou et l’IPTK agit dans des territoires ruraux et autochtones de Bolivie. Leurs problématiques se rejoignent souvent.

« Le Pérou et la Bolivie partagent une histoire et une culture communes. Nous nous ressemblons beaucoup, mais chaque contexte est différent », explique Patricia, responsable pédagogique de l’IPTK. « Malgré ces différences, nous faisons face à des défis similaires, notamment concernant la situation des femmes. »

À la rencontre de femmes leaders qui font bouger leurs communautés

Parmi les moments les plus marquants du voyage figure la visite d’un groupe de femmes engagées dans le projet « Arte y cultura : tejiendo un nuevo paradigma sin machismo y sin violencia de género en San Pedro de Macha y Ocurí » (Art et culture : construire un nouveau paradigme sans machisme ni violence de genre à San Pedro de Macha et à Ocurí ) de l’IPTK à Ocurí. Ces femmes se forment pour devenir des promotrices communautaires capables d’accompagner d’autres personnes dans leurs villages et de porter des dynamiques de changement local.

Pour Patricia de CENCA, cette rencontre a été particulièrement forte : « Grâce aux dynamiques mises en place, un espace de confiance profonde et de vulnérabilité s’est créé, où nous avons partagé des expériences et des émotions communes. À partir de là, nous avons pris des engagements, en nous reconnaissant comme les actrices du changement que nous souhaitons voir s’opérer dans notre communauté et dans la société. »

Cette expérience a ravivé chez elle la conviction que l’accompagnement des femmes constitue un levier essentiel de transformation sociale.

L’équipe péruvienne a également assisté à un atelier de formation animé en quechua, la langue maternelle des participantes. Un détail loin d’être anodin pour Iris, volontaire de solidarité internationale de Frères des Hommes auprès de CENCA : « Toutes avaient vécu des violences et elles en parlaient facilement. Elles remerciaient l’IPTK parce qu’elles voyaient à quel point elles avaient avancé depuis leur accompagnement. » Elle souligne également l’importance de pouvoir échanger dans sa propre langue : « Toutes les facilitatrices parlaient la langue des femmes. Cela crée une relation différente. On était toutes en cercle, au même niveau. C’était un moment vraiment magnifique. »

Des initiatives inspirantes pour aller vers les populations

Le voyage a également été l’occasion de découvrir des méthodologies innovantes. Comme par exemple, l’« école mobile », une initiative à laquelle IPTK s’est rajouté, qui consiste à prendre un véhicule et le transformer en espace éducatif itinérant qui se déplace dans différents quartiers pour proposer aux enfants des activités pédagogiques et ludiques.

Cette initiative a particulièrement retenu l’attention de Iris : « C’est un petit camion qui se déplace dans les quartiers, s’ouvre et propose plein d’animations pédagogiques. Les enfants arrivent de partout pour apprendre en jouant. »

Pour nos partenaires péruviens, cette approche illustre une manière originale et efficace d’aller à la rencontre des populations les plus éloignées des dispositifs éducatifs.

Des témoignages qui rappellent pourquoi ce travail est essentiel

Tout au long de la semaine, les participant·es ont rencontré des femmes et des hommes accompagnés par l’IPTK. Leurs témoignages ont mis en lumière l’impact concret des actions menées sur le terrain et le rôle déterminant de la formation dans les parcours individuels.

Pour Patricia de l’IPTK, certains récits ont profondément résonné : « Nous avons senti que ces histoires faisaient aussi partie de nos propres histoires en tant que femmes, quel que soit le pays. » Elle évoque notamment la rencontre avec Don Cipriano, ancien bénéficiaire qui a pu accéder à un emploi dans le secteur de la santé grâce aux formations reçues : « Il nous a tous émus aux larmes en nous faisant prendre conscience que notre travail change des vies. »

Une coopération appelée à durer

Le séjour s’est déroulé au moment des célébrations des 50 ans de l’IPTK, offrant à nos partenaires péruviens l’occasion de découvrir l’histoire de l’organisation et les valeurs qui continuent de guider son action. Pour Iris, cette immersion a été particulièrement inspirante : « C’était impressionnant comme expérience, très inspirant. L’IPTK est une énorme association avec une organisation incroyable. »

Au terme de cette semaine, les deux organisations sont reparties avec l’envie de poursuivre cette dynamique d’apprentissage mutuel. Pour Patricia de CENCA, ces rencontres ouvrent déjà de nouvelles perspectives : « Le fait d’entrer en contact avec d’autres organisations nous ouvre l’esprit à de nouvelles façons de travailler ; à terme, nous espérons pouvoir concrétiser un projet binational entre le Pérou et la Bolivie. »

Une ambition partagée par Patricia de l’IPTK : « Nous aimerions continuer à partager nos expériences, nos méthodologies et nos approches de travail. Nous pouvons continuer à apprendre les uns des autres. »


Au-delà des échanges techniques, ce voyage a surtout permis de renforcer une conviction commune : les solutions se construisent collectivement, à partir du partage d’expériences, de la confiance et de la solidarité entre acteurs engagés des deux côtés de la frontière.