Accompagner, synthétiser, former, dialoguer

Des valeurs et des principes d’action forts nous lient à nos partenaires : faire le choix d’une transformation sociale avec les populations en situations de vulnérabilités, se former pour s’émanciper, se structurer en collectif, faire alliance pour ne pas reproduire des rapports de domination. De ces principes d’action a découlé la volonté de Frères des Hommes d’accompagner ses partenaires en mettant à disposition son savoir-faire. Léa Rouillon a accompagné l’APEF, notre partenaire en RDC, dans son action de plaidoyer.

Comment s’est impliqué Frères des Hommes dans le plaidoyer de l’APEF ?
A travers l’accompagnement du « Barza », un plaidoyer communautaire que l’APEF a en tête depuis un an et demi. Ils nous ont demandé d’être présents avec eux sur les différentes étapes avant le jour J. Tout a débuté en mars 2020 pour reprendre de manière très intense entre juillet et octobre. L’enjeu était d’avoir un maximum de participation de la part des couturières auparavant formées par l’APEF et qui se sont regroupées en collectifs de micro entreprises. Il y a d’abord eu un travail d’identification de ce qui avait déjà été fait, car ils avaient mis en place ce Barza en milieu rural mais pas encore à Bukavu. Là l’APEF voulait faire quelque chose d’important, auprès des officiels, avec l’espoir de toucher le ministère local, et avec le maximum d’alliés. Il y a eu de mon côté un gros travail avec la responsable pédagogique de l’APEF et avec les formatrices en charge de ce qu’on appelle les « formations émancipatrices ». On a réfléchi et préparé les déroulés pédagogiques des différentes réunions qui allaient être mises en place avant le jour J. Mais même avant cela, il y avait eu de grandes réunions avec toute l’équipe de l’APEF, à distance, sur le type de revendications, sur les participants, le rôle de chacun dans le Barza.

Quelles étaient ces revendications ?
La question des taxes et des violences faites aux femmes revenait assez souvent. Mais elle n’était pas très définie, le souhait de l’APEF était que ces revendications viennent des couturières, anciennes « apprenantes », à partir d’une problématique qu’elles rencontrent au quotidien. Les animatrices de l’APEF leur ont expliqué le principe, notamment en leur demandant de mettre en place un comité d’organisation. Elles ont donc mis en place un petit comité d’une quinzaine de femmes qui a été élu pour se charger de toute l’organisation du Barza. C’était la 1ère étape. La deuxième a été, après l’élection de ce comité, de faire en sorte qu’elles identifient cette problématique dans leur vie de couturière et qu’elles la défendent du mieux possible devant les institutionnels. J’étais dans l’accompagnement sur tout ce qui relevait des modalités de participation dans ces espaces collectifs de préparation au Barza.


Une des participantes du Barza en octobre 2020.

Tu as donc fait en sorte que cette problématique ressorte le mieux possible ?
Oui, sur le modèle de l’éducation populaire, pour que les savoirs viennent d’elles, et qu’elles arrivent à prendre les choses en main. Je dialoguais avec les responsables des formations de l’APEF qui ensuite dialoguaient avec ces femmes. Elles ont donc identifié cette problématique : de faux représentants de l’Etat se présentent à elles plusieurs fois dans l’année pour leur soutirer une taxe. Les couturières payent déjà cette taxe à l’Etat mais ces hommes les menacent de violences sexuelles. C’est dur pour elles d’exprimer ce problème et ça l’est encore plus devant des institutionnels. Après avoir identifié ensemble cette problématique, elles ont ensuite essayé de rallier d’autres couturières, en dehors du réseau de l’APEF. Ça a fonctionné, et un nouveau comité d’organisation s’est mis en place. Frères des Hommes a beaucoup travaillé avec l’APEF sur la méthode pour que ces femmes présentent le mieux possible être entendues par l’auditoire. Le Barza a finalement eu lieu, la télévision et la radio locale étaient là. La ministre locale du commerce était aussi là.

Quelle forme a pris ce Barza ?
Une grande salle avait été réservée, les institutionnels étaient d’un côté, les couturières membres du comité de l’autre, elles prenaient la parole les unes après les autres pour défendre le sujet. C’était comme une table ronde. L’étape d’après a été pour eux de s’assurer que la ministre allait tenir ses engagements. J’ai travaillé avec eux sur la capitalisation de toute cette action, qui va permettre de revenir sur tout ce qui a été fait et préparer un prochain Barza dans les années à venir ainsi qu’un module de formation sur le plaidoyer.