« Les paysans haïtiens ne sont pas résignés »

Michel-Ange Jean Noel est coordinateur de l’association Gradimirh, nouvelle venue dans projet commun que le Mouvement paysan Papaye et Frères des Hommes mènent dans le Haut Plateau Central haïtien. Il nous a notamment parlé des freins à l’émancipation des paysans dans cette partie du pays.

Comment Gradimirh est arrivé dans le projet ?

Il y avait besoin d’une organisation avec une certaine expertise pour réaliser un diagnostic économique et organisationnel des endroits où allait se dérouler le projet et par la suite accompagner les groupements de paysans.

Pourquoi avoir débuté le projet par un diagnostic ?

Car cela permet d’avoir une image de départ de l’activité que nous voulons mener. Pour pouvoir accompagner les groupements, il faut d’abord connaitre leur réalité : Que vivent-ils ? Tous les groupements membres du MPP ont été consultés. Les paysans, les coordinateurs des groupements ont été très présents pour répondre à nos questions, tout le monde a été impliqué. On s’est aperçu, grâce à cette consultation, que les groupements sont très actifs dans leurs activités agricoles mais que le rendement est faible et que les bénéfices ne sont pas forcément satisfaisants. On a pu faire des recommandations pour augmenter ce rendement, par exemple renforcer l’entretien de terre, travailler sur l’organisation du groupement. Nous nous axons beaucoup sur la formation pour cela.

Quel est le profil des paysans membres de ces groupements ?

L’âge moyen est entre 45 et 48 ans. Ce sont des éleveurs, des artisans, des agriculteurs.

Quel le principal obstacle à l’émancipation des paysans dans le centre d’Haïti ?

Principalement le changement climatique, les paysans ne savent plus quand il y aura de la pluie, dont ils dépendent entièrement. Ensuite ce sont les infrastructures qui manquent, comme les routes en goudron. Les paysans ne peuvent pas faire circuler leurs produits. Il n’y a pas non plus de coopératives agricoles, ni d’accès au crédit. Or leur émancipation sociale dépend en partie de leurs capacités économiques. Les paysans ne sont pas des gens résignés. Il y a toujours eu des luttes au niveau de la paysannerie. Pour changer, ils doivent d’abord prendre conscience de leur situation grâce à des formations et trouver des moyens financiers. Ils doivent se mettre ensemble, partager leurs expériences, c’est un aspect important pour être acteur de changement social.