Tunisie : « un sujet et un contexte complètement nouveaux »

Entre découvertes et témoignages, Claire Honoré, responsable Ingénierie de formation chez Frères des Hommes a accompagné l’association Batik International dans la capitalisation des activités de son partenaire en Tunisie. Elle revient sur ces 4 jours de mission.

Comment est né le partenariat entre Batik International et Frères des Hommes ?

Tout comme Frères des Hommes, Batik International travaille en coopération avec des partenaires. On partage des valeurs communes, notamment dans la manière d’approcher la relation partenariale à travers le renforcement de capacités. Fin 2014, l’association s’est intéressée à la démarche de capitalisation que nous avions menée et nous a demandé de l’accompagner dans son propre chantier de capitalisation [1]. C’est comme cela que nous avons consolidé notre partenariat.

Quel est son objectif ?

Avant tout c’est l’échange de pratiques. Batik International interviendra avec son expertise sur des sujets que Frères des Hommes ne développe pas directement. Par exemple l’approche genre, la question des migrations et l’accompagnement économique et social par la création d’entreprise et d’accès au micro-crédit. En parallèle, nous accompagnons Batik International dans sa démarche de capitalisation. Plutôt que de faire appel à un consultant, l’association a choisi de se tourner vers notre organisation pour privilégier les échanges entre pairs.

Quel était l’objet de ta mission ?

Batik International a entrepris de capitaliser les pratiques et l’expérience de trois de ses partenaires méditerranéens : l’EACD en Egypte, l’Attadamoune Microfinance au Maroc et l’UTSS-CAD (Union Tunisienne de solidarité sociale) en Tunisie, une association parapublique. L’idée de cette capitalisation est de voir ce que ces associations ont en commun sur la thématique de l’accompagnement socioéconomique des femmes. Batik International souhaite aussi revenir sur leurs expériences et leurs histoires pour aller vers une dynamique de revendication collective. Pour cela, nous avons fait une première mission ensemble au Maroc, Batik International s’est rendu seul en Egypte, puis il y a eu cette dernière mission commune en Tunisie.

Quelles sont les activités de capitalisation que vous avez menées ?

On a alterné entre temps de production collective avec l’équipe opérationnelle, des entretiens individuels et des visites de terrain. L’idée était de faire réfléchir l’équipe sur sa vision de changement social pour aller au-delà et analyser ce sur quoi ils agissent directement. On regarde comment l’association se projette et les moyens mis en œuvre pour en analyser la cohérence. On les fait s’interroger aussi sur l’inventaire de leurs actions, pour voir comment l’accompagnement socioéconomique des femmes se traduit au quotidien dans leurs activités. On a également fait un atelier où ils ont réfléchi sur les effets de leurs actions. On a ensuite comparé cela avec les entretiens réalisés auprès des bénéficiaires sur le terrain.

Quelles différences as tu rencontrées entre cette mission de capitalisation et d’autres que tu as menées précédemment pour Frères des Hommes ?

Le sujet était complémentent nouveau, le terrain aussi. Nous étions dans la zone méditerranéenne, où Frères des Hommes n’intervient pas, et c’est une approche très différente notamment concernant la place de la femme. Je ne suis resté que 4 jours, donc l’appréhension du contexte est un peu limitée. C’est sur place que j’ai découvert le sujet et le contexte par exemple avec l’atelier chronologie qui m’a donné une vraie vision de la progression dans le temps. Le fait que je découvre tout sur place m’a aussi permis d’avoir une vraie position de facilitatrice parce que j’étais vraiment extérieure.

A quoi ressemblaient tes journées sur place ?

Nous avons eu trois journées d’ateliers collectifs avec l’équipe opérationnelle et une journée sur le terrain. Le matin, on travaillait sur la ligne de temps et l’après-midi on faisait un atelier d’identification des opportunités et des blocages rencontrés par rapport à leur vision idéale de transformation sociale. Nous avons aussi rencontré les partenaires de l’association. Puis nous sommes partis une journée sur le terrain à Takelsa, à deux heures et demie de Tunis visiter des centres communautaires.

Qu’est-ce que tu as retiré de cette mission ?

Ce que l’on peut en retirer c’est d’abord l’ouverture à une nouvelle thématique : l’accompagnement socioéconomique des femmes. Cette mission permet également de mieux connaître Batik International comme structure et de voir comment ils fonctionnent avec leurs partenaires.

[1Pour Pierre de Zutter, un des spécialistes de la capitalisation, « capitaliser, c’est transformer l’expérience en connaissance partageable ». Capitaliser veut dire identifier et formaliser un ensemble de pratiques, de procédés, d’approches et de savoir-faire d’une association ou autre.