Sénégal : une mission « tournée vers l’avenir »

Lundi 31 octobre, Chloé Inisan, chargée de mission Formation, s’est envolée vers le Sénégal auprès de notre partenaire l’Union des Groupements Paysans de Méchké (UGPM). En décembre dernier, elle y avait effectué une première mission pour les accompagner dans la capitalisation de leurs activités. Ensemble, ils étaient revenus sur l’histoire de l’organisation, les activités menées et les défis qui demeurent. Cette fois-ci, l’heure était au partage des résultats. Retour sur ces échanges.

Quels étaient les objectifs de ta mission au Sénégal ?

Le premier objectif était de revenir sur le rapport qui avait été écrit suite à ma première mission, pour le valider collectivement et retravailler en particulier sur les défis qui avaient été identifiés. Le deuxième objectif était d’approfondir les échanges sur les techniques d’animation en produisant des fiches de bonnes pratiques pour favoriser le partage entre animateurs mais aussi avec d’autres partenaires de Frères des Hommes, par exemple au Rwanda.

En plus de l’équipe de l’UGPM, quels étaient les participants à ces ateliers ?

Pendant la restitution, un représentant de la Fédération des Organisations Non Gouvernementale du Sénégal (FONGS), Mar Ngom, était invité. Sa présence était particulièrement constructive car il accompagne également l’UGPM dans la définition de son plan stratégique. Il y avait aussi Alsaane Wade un représentant du Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR), un organisme national qui a pour objectif d’articuler le dialogue entre les organisations paysannes et l’Etat. Des représentants de quatre organisations paysannes étaient également présents pour enrichir les réflexions de l’UGPM et se questionner sur leurs propres organisations.

Plus précisément, quelles sont ces pratiques ?

Nous avons travaillé sur quatre activités principales de l’UGPM. Premièrement, nous sommes revenus sur le transfert de technologie, c’est à dire la diffusion aux paysans d’expérimentations techniques. Une autre pratique sur laquelle nous avons travaillé est l’organisation de conventions dans les villages pour encourager le changement de comportement et aider les paysans à lutter contre le ressenti de soudure. Lors de ces conventions, les animateurs sensibilisent les personnes sur des sujets comme le gaspillage alimentaire ou la protection des ressources. On a également travaillé sur l’accompagnement de l’UGPM aux exploitations familiales et sur une méthode d’accompagnement et d’animation de groupements autour de la résolution de problèmes.

Quels sont les outils que tu as utilisés lors de ces ateliers ?

Dans le cadre de ces ateliers, plusieurs nouveaux outils ont été utilisés. Par exemple, lors de l’atelier sur les défis, nous avions affiché un grand thermomètre à côté duquel les participants venaient placer les différentes thématiques selon leur degré d’importance. Cela nous a permis de prioriser les défis et d’identifier ce qui est vraiment majeur. Un autre outil que l’on a utilisé pour la première fois est la réalisation de fiches de bonnes pratiques en s’appuyant sur une grille de questionnement. Chacun a pu exprimer des idées et ensemble, nous avons choisi les plus importantes. Les participants ont ensuite travaillé dessus en groupe pour répondre à des questions comme « qu’est ce qui a fonctionné dans cette pratique ? » ou « quels conseils donneriez-vous à une autre organisation paysanne ? ».

En quoi cette mission était différente de la précédente que tu as faite en décembre 2015 ?

Cette fois, les ateliers étaient tournés vers l’avenir. En décembre 2015, ma mission a permis de recueillir des données pour l’écriture du rapport de capitalisation. Cette fois-ci, il s’agissait de revenir dessus pour l’enrichir. Nous avons réfléchi à comment ce rapport pourrait servir dans l’avenir en alimentant tant la stratégie que la pratique.

Quels sont les obstacles que tu as rencontrés durant cette mission ?

Un des obstacles que j’ai rencontré est dû à la méthode même de capitalisation. Comme c’est une démarche très participative, cela mobilise beaucoup les gens sur leur temps de travail. En tout, l’équipe de l’UGPM a été mobilisée pendant presque trois semaines. C’est une contrainte, mais c’est également un atout car cela a permis de valoriser la participation de tous les acteurs, peu importe leur position dans la hiérarchie.

Quel a été le retour du partenaire sur ta mission ?

J’ai l’impression que le partenariat entre Frères des Hommes et l’UGPM a été vraiment valorisé et le partenaire va pouvoir utiliser les outils de capitalisation dans d’autres contextes. Pendant les ateliers, la crainte du jugement a été dépassée et les participants n’ont pas hésité à revenir sur ce qui ne marche pas. J’ai le sentiment qu’il y a un vrai rapport d’égal à égal, en particulier parce que dans l’exercice de la capitalisation, on ne cherche pas de résultat spécifique. L’idée est vraiment de créer des espaces où toute l’équipe est réunie pour revenir sur des choses et se questionner. Frères des Hommes, en tant qu’acteur extérieur, permet de faciliter ce dialogue.

Est-ce que tu pourrais nous parler du contexte sur place ?

De ce que je perçois, les effets du changement climatique s’amplifient énormément. Cela entraine des complications dans la poursuite de l’agriculture telle qu’elle était envisagée auparavant et il est nécessaire de s’adapter. Ce qui m’a frappé également est le fort mouvement d’exode, notamment de jeunes qui quittent Méchké pour s’installer à Dakar ou à l’étranger.