Sénégal : s’organiser pour faire face à la "soudure"

La « soudure » est la période entre deux récoltes, quand tout ce qui a été récolté a été consommé. Pour les paysans de la région de Méckhé, dans le centre du Sénégal, cette période est particulièrement dure à vivre. Notre partenaire l’Union des Groupements Paysans de Meckhé intervient pour faciliter cette transition.

Causes environnementales et conséquences économiques

Pendant cette période, les paysans qui n’ont pas suffisamment de stocks sont ainsi obligés de contracter des dettes qu’ils peinent à rembourser. Plus cette période s’allonge, plus ils deviennent vulnérables et dépendants d’aides extérieures. Parfois, ils sont obligés de vendre leurs terres pour honorer leurs dettes. On le voit à Méckhé, le changement climatique a fortement dégradé la qualité des terres avec pour conséquence un allongement de la période de soudure et un fardeau en plus pour les familles. Certains paysans modifient ainsi leurs habitudes pour privilégier une agriculture de rente (davantage tournée vers l’exportation) plutôt qu’une agriculture vivrière (qui consiste à cultiver des produits essentiellement destinés à nourrir la population locale). Le budget alimentaire de la famille augmente, l’auto-alimentation baisse, et l’agriculture locale n’est plus vue comme un moyen de vivre.


Awa Diop et Magatte Diouf, membres de l’Union des Groupements Paysans de Meckhé

La solidarité et les activités collectives comme réponse

Face à l’ampleur du problème, l’UGPM lance en 2003 le programme « soudure-endettement » complété en 2009 par le programme « village sans soudure ». Ces programmes mettent en place des outils pour gérer et conserver la production notamment par le biais de « banques de céréales » et de magasins de stockage au sein des villages. Avant la récolte, la banque de céréales achète du mil à un prix intéressant, puis celui-ci est stocké dans un magasin du groupement géré par un comité de gestion. Lorsque la période de soudure arrive, les céréales sont revendues à un prix abordables aux membres.

Accompagner les paysans pour une gestion solidaire des ressources

Le rôle des animateurs de l’UGPM est essentiel, car ils accompagnent les familles paysannes, les conseillent et les aident dans leur gestion financière et dans la planification de leurs activités avec des méthodes d’organisation et de gestion solidaire. Ils sont au cœur de la vie du village et organisent des ateliers de sensibilisation sur la période de soudure et des activés collectives comme des dîners communs ou des champs collectifs. C’est ce que décrit Mokh Sal, paysan/éleveur de Lyssar et animateur UGPM : "On a travaillé à la mise en place de champs collectifs au niveau des villages pour lutter contre la soudure. […] Ça fait partie de la solidarité parce qu’aller travailler ensemble renforce les liens, et ça prend aussi en compte les plus démunis, parce qu’on ne demande pas de l’argent on demande de la main d’œuvre. Ça motive les plus démunis qui ne peuvent pas participer financièrement à venir travailler avec le reste du village."