Récit de 5 artisans menuisiers sénégalais

Les artisans améliorent leur production.

À l’entrée de Mbacké, dans la banlieue de Touba, un atelier de menuiserie comme tant d’autres. Moustapha Lô, 51 ans, est au cœur de l’action : « Comme tous les jours sauf le vendredi, je travaille dans mon atelier de 8h à 19h. » Soit plus de 65 heures par semaine à forger le fer en portes, fenêtres ou éléments de camions. Et ses produits il en est fier : jeune, il a été apprenti pendant plus de 10 ans. Désormais les jeunes apprentis, c’est lui qui les accueille ; confiés par leurs parents dans l’espoir d’un avenir meilleur.

À Touba et aux alentours, des centaines d’artisans profitent des services de la mutuelle* mise en place par Frères des Hommes et son partenaire la Kora-PRD (Programme Ressources Développement). Comme 161 autres menuisiers, Moustapha y a récemment suivi des formations théoriques et pratiques. Il raconte : « Je me suis rendu compte qu’avant je travaillais à perte ! Aujourd’hui je suis mieux organisé, je sais faire des devis, calculer mes coûts et mes bénéfices...Ça dépend des commandes, mais maintenant mon atelier génère à peu près 450 euros par mois. »De quoi nourrir sa famille, ses apprentis et continuer à travailler.

Quelques rues plus loin, Cheickh Fall, lui, travaille le bois. Il a participé aux côtés de 82 artisans aux formations en dessin technique et aux fondamentaux de la menuiserie. Dorénavant, il connait sur le bout des doigts les différents types de bois et leurs dérivés. « J’économise les débris, je gagne beaucoup de temps de travail, je crée de nouveaux produits. Maintenant mes apprentis peuvent travailler avec moi simplement à l’aide d’un croquis que je leur fais. Mais que jusqu’à 17h, car à 18h je les envoie suivre des cours du soir à la mutuelle ! » En dehors des formations, les artisans trouvent d’autres services à la mutuelle, dont l’accès à des machines modernes afin de réaliser certaines pièces difficiles. Ainsi, à l’instar de Moustapha, Cheickh et de leurs apprentis, les conditions de travail des artisans de la région s’améliorent quotidiennement.

Priorité au « faire ensemble »

Tous les artisans s’accordent à dire que la menuiserie est « un métier noble ». Pourtant au Sénégal, les métiers manuels et la formation par l’apprentissage sont mal considérés. Il est vrai qu’il s’agit d’une activité « physiquement très dure », mais aussi très fragile : « Lorsqu’un atelier ne marche pas, c’est toute la famille qui n’est plus soutenue. » Raison pour laquelle les maîtres artisans ont décidé, sous l’impulsion de Frères des Hommes et de la Kora-PRD, de sortir de l’isolement de leurs ateliers et de se regrouper en associations. Modou Diengest président de l’Association des menuisiers du bois de Mbacké. « Mon rôle ? J’organise les débats entre nos 85 membres, les discussions entre apprentis et maîtres artisans, etc. Présentement, nous sommes en train de discuter avec la municipalité pour obtenir leurs commandes de mobilier. On se répartit après les commandes entre membres et on négocie ensemble avec les fournisseurs. […] À la mutuelle, en plus de suivre les formations, on échange entre professionnels. »


Avec l’appui de Frères des Hommes et de la Kora-PRD, les artisans sénégalais misent sur la formation, s’organisent en associations et impliquent les pouvoirs publics dans leur développement. Ce faisant, ils dessinent l’avenir de leur filière. Les premiers concernés : les apprentis d’aujourd’hui. Pour exemple, Ibrahim Sambet Fallou Sall sont tous deux, à 19 ans, apprentis en menuiserie. Et ils ne manquent ni de volonté, ni de détermination : « Nous ne voulons pas être des enfants des rues, nous voulons être des soutiens de famille, contribuer au développement du pays. »