RD Congo, Pérou, Sénégal : la force du collectif

Savez-vous ce qui unit le quartier de Mariátegui dans la banlieue de Lima au Pérou, la ville de Bukavu au coeur de l’Afrique des Grands Lacs et celle de Méckhé au beau milieu de la campagne sénégalaise ? Frères des Hommes et ses partenaires, qui y sont mobilisés pour plus de justice sociale !

Au Pérou, en République_démocratique_du_Congo (RD Congo) et au Sénégal, des milliers de femmes et d’hommes sont accablés par des disparités sociales et des discriminations diverses. Pour ces populations, le quotidien rime trop souvent avec précarité. S’ils sont les grands oubliés des politiques publiques, nous, Frères des Hommes, ne les oublions pas. Depuis le printemps 2017, date du lancement de nos projets avec nos 3 partenaires locaux, nous avons mené de nombreuses activités pour et avec ces populations.

Aujourd’hui, nous vous donnons à voir les activités prévues avant que nos projets ne touchent à leur fin. Et elles restent encore nombreuses d’ici l’été 2020 ! Notre objectif est clair : permettre aux populations péruviennes, congolaises ou encore sénégalaises de s’émanciper économiquement et socialement, via des formations mais aussi et surtout via l’organisation en collectif. Car oui, ces initiatives collectives locales sont porteuses de changement social qui profite ensuite localement à tout le quartier ou le village !

Trois projets conduits depuis 3 ans par Frères des Hommes prennent fin dans 8 mois. Femmes vulnérables, paysans dépourvus, zones urbaines précaires et campagnes isolées : Frères des Hommes et ses partenaires luttent contre les inégalités et les exclusions dont sont victimes ces populations trop souvent invisibles.

Au Pérou, nous épaulons les femmes vulnérables.

Au Pérou, Cenca, accompagné par Frères des Hommes, travaille dans les quartiers défavorisés de la banlieue de Lima. Pour lutter contre les violences conjugales et aider près de 1 000 femmes vulnérables à s’émanciper, nous conduisons ensemble le projet « Habla Mujer » (« Paroles de femmes »).

  • Formation : des dizaines de femmes vont apprendre un métier dans divers secteurs (chocolaterie, cordonnerie, bâtiment et électricité) et vont pouvoir lancer leur activité pour générer leurs premiers revenus.
  • Organisation : une centaine de femmes artisanes, regroupées sous le sigle « Talentos Artesanales » (« talents artisanaux »), vont être accompagnées par Cenca et vont exposer leurs produits et leur fierté lors de foires artisanales.
  • Action : des marches pour le plaidoyer vont être organisées pour lutter contre les inégalités dont sont victimes les femmes et pour valoriser l’artisanat local.

Un projet au sens collectif !

D’ici juin 2020, Cenca va promouvoir les tontines auprès des femmes précédemment formées. Cette forme d’épargne solidaire réunit des groupes de femmes qui, chaque semaine ou 2 semaines, versent une cotisation en soles péruviens dans un pot commun. Cette somme va permettre à chacune des femmes de faire face à une dépense plus importante (payer les frais de scolarité des enfants, payer le loyer d’un atelier, acheter des machines à coudre, du tissu et des fils, etc.). Les femmes comptent les unes sur les autres et sont soudées par leur solidarité.

Femmes de Mariátegui lors d’une formation en bâtiment conduite par Cenca


Marie Bouret, volontaire de Frères des Hommes à Lima :


"L’intérêt de se réunir en collectif ? Il y a la dimension politique, pouvoir être représentatif, donner de la visibilité, trouver des solutions à des problématiques qui se posent grâce à ces collectifs de populations. Et je pense que ça recrée aussi du lien humain, entre des personnes qui ne se seraient pas forcément rencontrées, qui n’auraient pas travaillé ensemble ou qui ne se seraient pas formées ensemble. Dans tous les cas, pour les femmes de Lima, le collectif permet une rencontre et ensuite de pouvoir s’entraider : auparavant elles ne comptaient pas forcément sur le groupe, mais aujourd’hui elles y puisent une force."

Au Sénégal, nous renforçons l’organisation des familles paysannes.

Au Sénégal, au cœur de la campagne sablonneuse entre Dakar et Saint-Louis, l’UGPM et Frères des Hommes accompagnent plusieurs milliers de paysannes et paysans qui survivent grâce à de petites activités d’agriculture et de commerce sur les marchés. Mais c’est en alliant leurs forces et en développant leurs propres projets au niveau des villages qu’ils seront à même de vivre décemment.

  • Formation : 200 paysans vont prendre conscience des relations interpersonnelles qui existent entre chaque membre du groupement. L’objectif est d’identifier des comportements qui seraient défavorables à l’unité du groupe (par ex. priver les jeunes de droit de vote ou restreindre l’expression des femmes) et ainsi d’assurer équilibre et engagement au sein du groupe.
  • Organisation : chaque village va développer des activités collectives à son échelle (culture de champs collectifs, greniers et banque de céréales, élevage…) et recevoir de petites sommes d’argent pour démarrer ses activités.
  • Action : les familles paysannes vont créer une dizaine d’activités sur des thématiques qui préoccupent tout particulièrement les groupements comme la santé, l’environnement, les lois et l’accès à la terre.

Un projet au sens collectif !

À Méckhé, l’UGPM encourage la création de « groupements paysans » qui rassemblent des membres de familles paysannes vivant au sein d’une même communauté. Ces espaces permettent aux paysans d’échanger librement sur leurs problèmes et de réfléchir aux solutions à adopter. Ce mouvement d’« autopromotion paysanne », comme aime à l’appeler notre partenaire sénégalais, est aujourd’hui constitué de 76 groupements présents dans 89 villages qui s’engagent pour la gestion des ressources communes, l’organisation d’actions de sensibilisation et l’information pour tous les habitants. Partenaires sénégalais et haïtiens échangent à Méckhé en septembre 2019


Marie-Pierre Djekou, volontaire de Frères des Hommes à Méckhé :


“Ces familles paysannes n’ont pas forcément une grande position sociale, pas de nom et pas d’argent ; eh bien le fait de se mettre ensemble en collectif, ça leur permet de pouvoir porter leurs voix, d’être plus fortes, de pouvoir s’entraider, c’est l’intérêt du collectif au niveau local. Et voici le travail de l’UGPM : aider ce collectif à exister, à être mieux organisé, inciter à des rencontres et à une réflexion commune. L’UGPM a une voix pour dire à ces familles : “Vous habitez dans la même zone, vous pouvez discuter, trouver des solutions ensemble.” En résumé, ensemble on est plus forts !

En RD Congo, nous accompagnons les femmes dévalorisées.

En République démocratique du Congo, l’Apef et Frères des Hommes accompagnent plus d’une centaine de femmes, invisibles aux yeux de leur communauté. Peu à peu, elles vont devenir en capacité de générer leurs propres revenus et être considérées dans leur quartier.

  • Formation : 50 femmes vont devenir couturières ou teinturières. Elles vont être équipées de machines à coudre, de kits de teinture (tissus, colorants…) et être aidées les premiers mois pour régler le loyer des ateliers de production collective. Elles vont ainsi pouvoir démarrer leurs activités selon leurs projets professionnels.
  • Organisation : des émissions vont être enregistrées et diffusées sur un canal de la radio communautaire afin de faire la promotion d’événements liés à l’égalité hommes – femmes et à l’entrepreneuriat, mais aussi à la lutte contre les violences faites aux femmes à Bukavu.
  • Action : création d’outils par l’équipe de l’Apef afin de suivre et d’analyser les évolutions survenues chez les femmes ayant participé au projet. Un exemple : l’« estimomètre », permettant à chaque femme de mesurer l’estime qu’elle se porte avant et après les formations.

Un projet au sens collectif !

En RD Congo, le « barza communautaire » rassemble localement autorités publiques, organisations locales et habitants. Son fonctionnement démocratique assure échanges et cohésion au sein d’un quartier. L’Apef va participer à cet espace, créé par les femmes, pour partager au plus grand nombre les thèmes abordés par certaines formations (l’égalité des sexes par exemple). Avec le barza, nous allons aussi trouver les solutions à apporter aux problèmes des habitants : ainsi chacun et chacune devient acteur de changement dans son quartier !
Atelier mené en mars 2019 avec les femmes formées par l’Apef


Thomas Brigatti, volontaire de Frères des Hommes à Bukavu :


“L’Apef encourage les femmes à se regrouper en ateliers de production collectifs. Bien que leur passage au centre de formation ait déjà contribué à améliorer l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, ces femmes sont encore en situation de vulnérabilité, avec de maigres moyens, et sont peu estimées socialement. Ainsi, en se regroupant, elles créent une sorte de micro-famille qui affirmera encore le lien social naissant durant la formation. Ensuite, ça leur permet de travailler sur l’aspect économique, basé sur une sorte de complémentarité où chacune va apprendre des autres. Au final, les femmes retrouvent de l’importance qui va au-delà de l’atelier, dans la sphère familiale et la communauté.


“Former pour transformer”, améliorer ensemble nos façons d’agir

Le rendez-vous est fixé : Frères des Hommes et ses partenaires haïtien, sénégalais, congolais, français, indien, rwandais et péruvien se préparent à un grand rassemblement à Paris fin novembre 2019.

Car depuis le 1ᵉʳ mars 2017, Frères des Hommes a lancé un ambitieux
programme avec ses partenaires à l’étranger. Il s’agit de mener localement des
activités avec les populations en situations de vulnérabilités (formation,
organisation, action sociale, etc.) ; et parallèlement d’organiser des temps
d’échanges entre partenaires. La finalité ? En s’inspirant de l’expérience des autres, chaque organisation enrichit ses propres actions et élabore de nouvelles méthodes et capacités d’action. Par exemple, depuis 2018 et pour quelques mois encore, 3 de nos partenaires (Sénégal, Pérou, RD Congo) partagent leurs méthodes pour accompagner les populations à se constituer en groupements solidaires. Comme nous l’expliquons dans cette publication, ces groupes se créent et se structurent pour continuer à se former, à s’émanciper mais aussi à agir ensemble.

Agir et se questionner pour un meilleur impact

Bien que chaque partenaire travaille au quotidien avec des publics différents (artisanes, paysans, jeunes etc.) dans des contextes spécifiques, la mise en commun de leurs méthodes d’accompagnement les amène à les expliciter, à se requestionner
sur leur impact et finalement à prendre du recul sur leurs propres manières de faire, tout en apprenant de celles des autres.

Ces 2 dernières années, des temps forts ont regroupé ce collectif que nous avons appelé « former pour transformer » : séminaires, colloques, conférences sur internet mais aussi diagnostics et études sur le terrain ont été organisés pour permettre la compréhension et le partage des méthodes et manières d’agir.

Ce que nous allons faire d’ici juin 2020

Audrey Noury et Violaine Chantrel participent à Frères des Hommes à la coordination du collectif « former pour transformer » et partagent les activités à venir qui les mobilisent.

Audrey Noury :


“Pour moi, les voyages d’échanges sont un temps fort ; grâce à Frères des Hommes, nos partenaires vont découvrir mutuellement d’autres terrains d’action et travailler sur des thèmesncommuns. Le premier vient d’avoir lieu au Sénégal, où notre partenaire haïtien est venu observer les méthodes de formation de l’UGPM et échanger sur leurs pratiques respectives en agroécologie. Maintenant avec mes collègues de la formation, nous allons rédiger une synthèse sur la base d’éléments communs à ces organisations, qui va contribuer à renforcer les méthodes de formation de ces 2 partenaires. Sans oublier l’organisation du prochain voyage d’ici juin 2020 !

Violaine Chantrel :


“Ce qui me tient à coeur est l’action de Frères des Hommes en RD Congo, au Pérou ou encore en Inde où notre expertise permet de renforcer durablement les pratiques de nos organisations partenaires. Pour les mois à venir, ça se traduit par exemple par des analyses croisées que nous allons mener de concert dans ces pays, sur le thème de l’émancipation des femmes.