Haïti : « Les compétences pédagogiques du formateur sont essentielles »

Former des formateurs est toujours un exercice particulier. C’était le sens de la mission au sein du Mouvement paysan Papaye de Claire Honoré, responsable de la formation chez Frères des Hommes. Au programme : former sur la posture du formateur.

Autour de la table ce jour ce mardi se trouvent les 12 principaux formateurs du Mouvement paysan Papaye. Certains font partie des fondateurs du mouvement, d’autres sont membres du MPP depuis 20 ans. Le groupe des trentenaires, la nouvelle génération, a rejoint le mouvement depuis quelques années seulement. La formation qu’ils suivent, donnée par Claire Honoré, responsable du pôle formation de Frères des Hommes est consacrée à la posture du formateur. C’est à dire la manière dont un formateur se positionne par rapport à un groupe et avec laquelle il apporte un contenu qui soit le plus adapté possible aux participants. C’est une sorte de retour aux fondamentaux pour les formateurs les plus jeunes du MPP et une révision de ceux-ci pour les plus expérimentés.

"Le MPP fait de la formation car il se base sur l’expérience des participants"

La formation commence par un rapide rappel de trois notions proches : enseigner, apprendre et former. L’exercice pratique commence. Deux groupes sont formés, la formation fonctionnera beaucoup sur ce mode tout au long de la journée. L’interaction avec le groupe en est une composante essentielle et le passage du théorique au pratique (les travaux en groupe) est constant. 4 exercices pratiques se succèderont le long de la journée. C’est donc d’abord par l’image que les 12 formateurs du MPP sont amenés à répondre à cette question : « sur chaque photo que vous avez devant les yeux, laquelle vous rappelle le plus les trois notions que sont enseigner, apprendre et former ?  ». Pour le premier groupe, former quelqu’un veut dire le former sur quelque chose, enseigner se rapproche plus de la transmission d’information. « Au Sant Lakay (Centre Lakay en créole, le centre de formation du MPP,) on forme, on n’enseigne pas, c’est à l’école qu’on enseigne » disent-ils. « Au sein du MPP, on est clairement dans de la formation, il y a de la pratique en jeu », poursuit Juslaine Tyresias, une des formatrices du MPP, « le MPP fait de la formation car il se base sur l’expérience des participants. C’est différent de l’éducation populaire car l’éducateur populaire est déjà dans une démarche alternative, politique, le formateur ne l’est pas forcément, il peut par exemple former sur le conduite d’une voiture ».


Claire Honoré, responsable de la formation chez Frères des Hommes

Le rôle de facilitateur du formateur est essentiel

Deuxième étape : quels sont les ingrédients essentiels d’une formation ? Pour les formateurs du MPP, une des conditions essentielles est de connaître le groupe que l’on a devant soi, son niveau et ses attentes. Si le groupe a déjà des connaissances l’attente des apprenants sera importante. « En effet l’expérience va vraiment conditionner la formation. Chacun arrive avec son propre bagage, chacun va envisager les exercices de manière différente, le formateur doit poser le cadre, rassurer et recueillir les attentes. Il faut essayer d’être flexible, de sonder son public et d’adapter le contenu de sa formation en conséquence » note Claire Honoré. Le public du MPP est hétéroclite, certains participants ont un long passé d’agriculteur, d’autres viennent de s’engager dans l’agroecologie. Certains sont très motivés, d’autres le sont moins, c’est un facteur à prendre en compte. C’est de la responsabilité du formateur de créer une dynamique de groupe : «  le rôle de facilitateur du formateur est essentiel, c’est lui qui va construire la cohésion et donc une meilleur production du groupe ». L’expérience des formateurs du MPP se fait sentir, leurs réactions sont rapides, diverses et pleines de sens : « Il faut rebondir sur les remarques des participants, valoriser les paroles, favoriser l’expression personnelle  » montre Alexander Placide, un des jeunes formateurs du MPP. « Reformuler est aussi une chose importante renchérit Claire Honoré, illustrer le plus possible ses apports théoriques est aussi important, comme le font Chavannes Jean de Baptiste (fondateur du MPP) et Philéfrant Saint Nare qui s’appuient très souvent sur leur expérience personnelle pour illustrer leur propos  ».

L’objectif de toute formation est l’autonomisation de l’apprenant

La méthode, en plus des ingrédients, est une des clefs de la formation. Un même contenu de formation peut être travaillé de manière très différente. Il s’agit du dernier exercice pratique de la journée. 4 groupes sont formés, chacun essayant d’identifier les différentes méthodes de formation existantes. L’exercice va permettre de bien distinguer la méthode des outils ou encore des supports, concepts qui sont souvent confondus par les formateurs, même les plus expérimentés. Les 3 types de méthodes pédagogiques vont être abordés : la méthode affirmative (le cours magistral), la méthode ’interrogative (le formateur interroge beaucoup le groupe) et la méthode active (le formateur met le groupe en situation). « Dans le choix de la méthode, il est important d’avoir en tête les contraintes organisationnelles (durée, lieu, nombre de participants), les personnes et le groupe (le parcours antérieur, le climat du groupe et la personnalité du formateur) et les objectifs poursuivis ». observe Claire Honoré. « Au final, conclut-elle, le formateur a une méthode et posture qui lui est propre, il doit avoir des compétences techniques mais ça n’est pas suffisant, ses compétences pédagogiques et sa connaissance du groupe sont essentielles. L’apprentissage demande du temps, il faut garder en tête que l’objectif de toute formation est l’autonomisation de l’apprenant ».


Guerda Mogelin, responsable de la sectioon communication du MPP