Indonésie : les entreprises se montrent de plus en plus violentes dans les conflits agraires

Les entreprises impliquées dans des conflits agraires se sont montrées de plus en plus hostiles envers les communautés paysannes locales, c’est ce que montre un rapport de KPA (Consortium pour la Réforme Agraire), partenaire de Frères des Hommes, basé en Indonésie. Un article du Jakarta Post.

Pour son secrétaire général Iwan Nurdin, 2015 a été l’année où pour la 1ère fois les entreprises ont représenté le plus grand nombre de cas de violence dans les conflits agraires, devant l’armée et la police indonésienne : « par le passé on ne voyait pas d’entreprises commettre des violences, les plus « en avance » dans ce domaine étaient l’armée et la police. Mais maintenant, ce sont les entreprises ». En 2015, 35 cas de violences liés à des entreprises ont été comptabilisés suivi de 21 cas impliquant la police. 8 concernait des gangs et 3 des communautés locales. En 2014, la police était responsable de la plupart des cas de violence envers les paysans (34 cas).

Une étape de plus vers un conflit généralisé

En 2015, KPA a enregistré 252 conflits agraires concernant 400 430 hectares de terre et 108 714 familles. On comptait en 2014 472 conflits agraires. La Commission nationale des droits de l’Homme indonésienne a confirmé les résultats de KPA. « En fait, la violence des entreprises a lieu depuis plusieurs années maintenant » selon Dianto Bahriadi, le président de la commission. Les entreprises font d’habitude appel aux Pamswakarsa (une milice civile créée en 1998 par l’ancien président/dictateur Suharto). « Après la mise en place du « Nouveau régime » de Suharto, les choses ont changé. La police et la mafia ont été utilisées pour faire taire les revendications de la population et tout signe de résistance. C’est une erreur, leur devoir est de comprendre pourquoi les conflits agraires ont lieu, pas de les éliminer par la violence ». Les entreprises sont devenues de plus en plus hostiles à partir du moment où elles ont fait appel aux Pamswakarsa et au fur et à mesure que leurs affaires grossissaient.

Pour le président de la commission nationale des droits de l’Homme : « les entreprises sont celles qui ont plus violé les droits de l’Homme. En 2015, nous avons reçu plus de 6 000 demandes, 25% d’entre elles concernaient des conflits agraires, dans lesquels les entreprises étaient largement impliquées ». Un des cas les plus emblématiques a été celui de Sungai Sodong (au sud de l’île de Sumatra) où, en 2011, des membres des Pamswakars, payés par l’entreprise Sumber Wangi Alam (spécialisée dans la production d’huile de palme) ont tué deux villageois. 5 Pamswakars ont été condamnés à 5 et 10 ans de prison pour les meurtres de Syaktu Macan et Indra Syafei, lequesl avaient tenté de réclamer la terre occupée par l’entreprise, puis avaient été frappés puis poignardés. Pour le secrétaire général de KPA, Iwan Nurdin « C’est très préoccupant car c’est une étape de plus vers un conflit généralisé, il faut que cette tendance soit inversée ».