Au cœur des campagnes haïtiennes, sénégalaises et rwandaises

Cet été, des étudiants de l’ISTOM (une école d’agronomes basée en Ile de France) ont réalisé une mission commanditée par Frères des Hommes : recenser en sept semaines les pratiques agricoles chez nos partenaires, en Haïti, au Rwanda et au Sénégal.

116 enquêtes au total et un panorama complet des pratiques des paysans

Le travail est minutieux et méthodique. Dans un 1er temps, ils se sont acclimatés au terrain, ont beaucoup discuté avec les partenaires, pour élaborer des questionnaires les plus adaptés possible. Est ensuite venu le (long) temps des enquêtes, sept semaines sur le terrain, deux, trois visites par jour. En Haïti, les étudiants ont réalisé 50 enquêtes auprès de paysans, membres ou non du Mouvement paysan Papaye (MPP). Au Rwanda, le groupe d’étudiants a effectué 36 enquêtes, au Sénégal 30 enquêtes ont été menées auprès de paysans ayant reçu des formations de l’Union des Groupements Paysans de Meckhé (UGPM).
Quelle conclusion ? En Haïti, dans la région du Haut plateau central, les agriculteurs pratiquent avant tout une culture de subsistance, en majorité du maïs, mais aussi des bananes plantains et du manioc. Ils sont généralement propriétaires de leurs terres. Leurs exploitations sont très denses avec le recours à l’association, c’est-à-dire qu’ils associent différentes cultures sur une même parcelle. Très peu de fertilisants et de produits phytosanitaires chimiques sont utilisés. Au Rwanda, dans les secteurs de Kigoma et de Maraba, les paysans pratiquent une culture de subsistance, en particulier du haricot, des bananes et des avocats, avec parfois le recours aux pesticides chimiques. Une parcelle de terre coûtant très cher, les terres sont majoritairement héritées ou louées. En moyenne, cinq personnes dépendent des rendements de l’exploitation. Le prêt de terres est également répandu, que ce soit au sein de la famille ou lorsqu’un grand exploitant n’est plus en mesure de s’occuper de sa parcelle. Plus généralement, les agriculteurs ont plutôt recours à l’emprunt d’argent via le système de tontines ou en faisait appel à des organismes d’emprunts. Au Sénégal, deuxième économie d’Afrique de l’Ouest, les agriculteurs de la région de Méckhé pratiquent une culture vivrière (destinées à l’alimentation quotidienne de l’agriculteur et de sa famille) et une culture de rente (qui génère des revenus). La culture principale est celle de l’arachide, pratiquée pour l’autoconsommation et pour la vente, qui fait vivre en moyenne, une vingtaine de personnes, la main d’œuvre étant avant tout familiale.

Penser à de nouvelles approches de formation

Le but de ces trois missions est de disposer d’un travail d’enquête solide pour mieux connaître les bonnes pratiques des paysans, traditionnelles ou innovantes, et comment elles sont intégrées dans les exploitations locales. Pour nos partenaires, c’est l’occasion de prendre connaissance de manière globale de ce qui est fait, des techniques utilisées, de ce qui marche ou non, avec une approche technique d’ingénieurs agronomes. Pour Frères des Hommes, c’est l’occasion, à partir de contextes, et d’agricultures différentes, de penser avec nos partenaires à de nouvelles approches de formation en agroécologie, à des parcours de formation adaptés pour différentes catégories de paysans. Une 1ère expérience avait été lancée avec l’ISTOM en 2015 au Rwanda. Frères des Hommes et ses partenaires Adenya et Duhamic-Adri avaient mis en place un projet de soutien à la petite agriculture du sud du Rwanda (qui vient de se terminer). Un groupe d’étudiants s’était lancé dans un vaste diagnostic des zones où s’était déroulé le programme. Leur diagnostic a notamment permis de préparer le second volet du projet.