Dans sa jeunesse, Thierno ne voulait pas vivre dans son pays : « L’envie me démangeait de m’expatrier en France, de faire ma vie là-bas. J’imaginais qu’à l’étranger, je pourrais trouver facilement un travail et gagner beaucoup d’argent. » Il émigre alors en France dans les années 1990, et déchante rapidement. « Quelques mois après, j’arrivais toujours pas à décrocher un emploi décent, comme plusieurs Sénégalais rencontrés sur place, sans papiers et souvent sans véritable qualification professionnelle. » Il a connu la grande précarité pendant les 9 ans passés en France. Il a alors fait le choix douloureux de revenir au Sénégal, à Kébèmer, où il a intégré l’atelier de menuiserie « du vieux Insa Danfaxa ».
Aujourd’hui, il a son propre atelier. « J’ai contracté quelques crédits dans des banques et j’ai acheté un équipement de qualité. J’ai des employés et je fais souvent appel à des sculpteurs venant de la ville de Louga pour exécuter certaines commandes. A l’heure où je vous parle, j’ai épongé 95% de mes dettes. J’ai appris à augmenter et à fidéliser la clientèle en exécutant un travail de qualité et dans le respect toujours des délais de livraisons. »
Après toutes ces années de galère, Thierno savoure ce qu’il appelle « une certaine indépendance ». Il peut maintenant partager son expérience avec les jeunes qui rêvent de quitter leur pays. « Je suis sûr et certain qu’avec un peu d’abnégation, avec une bonne éducation, il est possible de s’épanouir chez soi. Y’a pas mieux que de travailler chez soi ! »
Une formation parmi celles que propose la Kora-PRD aux jeunes apprentis lui aurait peut-être évité un départ vers la France et les déboires auxquels il a été confronté. C’est ce qu’il explique à Ahmadou Samba Souna Fall, animateur la Kora-PRD, qu’il a rencontré lors du recensement des ateliers de la région de Louga. « Votre programme de formation est intéressant car sans véritable formation, sans éducation, on part dans la vie avec de réels handicaps. »
Pour Ahmadou Samba Souna Fall, « l’histoire de Thierno Djimbira illustre bien que la menuiserie-bois, au-delà de la vie artisanale, peut être une alternative face à l’émigration clandestine. Des centaines de jeunes bravent les mers pour rejoindre les côtes occidentales à la quête d’une vie soi-disant meilleure. Il s’avère impérieux dans ce contexte-là d’insister sur le travail de sensibilisation mais aussi sur l’appui et la promotion des corps de métiers. Le programme triennal d’appui, de structuration et de promotion de la production artisanale de menuiserie-bois répond justement à cette préoccupation. »
Les propos de Thierno Djimbira ont été recueillis par Ahmadou Samba Souna Fall et François Guerry.
| Cet article est paru en janvier 2010 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.
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