La culture a été le point central de la grande rencontre organisée du 14 au 18 mai dernier par le Mouvement des sans-terre brésilien (MST) [1] et la Vía Campesina [2] à Curitiba, dans l’état du Paraná dans le sud du Brésil. La rencontre a permis de réunir des paysans de tout le Brésil autour de l’importance de la culture et de l’interculturalité entre les peuples latino-américains. Les participants ont partagé des moments autour de conférences, de débats, de pièces de théâtre, de concerts ou encore d’ateliers pratiques de musique, sculpture ou peinture. Les matinées étaient principalement consacrées à la réflexion et aux débats de fond tandis que l’après-midi les activités étaient plus ludiques. Les activités étaient organisées dans des espaces publics, ce qui permettait de toucher un public large, notamment lors des soirées-concerts qui clôturaient les journées. La mobilisation a été réussie puisqu’environ 2 500 personnes issues de milieux différents - militants (dont 900 du MST), représentants d’organisations sociales, d’organisations rurales et urbaines, étudiants et enseignants - ont répondu présents au rendez-vous. Les participants venaient principalement du Brésil mais également de toute l’Amérique latine.
La culture et la communication pour la résistance

Associer les trois notions de culture communication et résistance est au cœur du travail du MST pour qui la culture est un vecteur de développement à condition de « se réapproprier les moyens [de communication] bourgeois en leur donnant de nouvelles formes », comme l’a précisé Ana Chã lors de sa conférence sur la place de la culture dans la résistance des peuples latino-américains. Le MST et la Vía Campesina défendent un lien fort entre militantisme et activité culturelle et ce débat a été l’un des points défendus le plus vivement pendant les cinq jours. L’importance d’être critique face aux informations que les médias diffusent a été rappelée, notamment en raison du fait que l’économie capitaliste utilise cette information pour transformer plus facilement la population en masse de consommateur. Les militants ont tenu à rappeler que ce n’est pas l’outil qui est dommageable en soit pour les peuples, mais bien son utilisation : d’où l’importance de veiller à limiter l’hégémonie culturelle, politique et économique. Face à cela les citoyens sont invités à passer d’une stratégie de défense et de résistance face à cette communication à une stratégie d’offensive dans la communication [3] afin de l’intégrer comme un nouveau moyen pour défendre leurs idées et valeurs.
Les participants ont réinvesti un théâtre
L’un des événements majeurs de la rencontre a été l’occupation de l’un des principaux théâtres de Curitiba pour écouter successivement un orchestre symphonique puis de la musique populaire brésilienne. Cet espace de culture généralement réservé à l’élite a été envahi de personnes de toute l’Amérique latine, réunies autour de la musique. Les réactions ont été très positives, tant face aux conférences qu’aux actions de ce type. Les participants ont pris conscience du rôle qu’ils pouvaient jouer dans le processus d’échange entre les cultures paysannes et latino-américaines, notamment en organisant des activités culturelles dans leurs communautés.
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Résonances Latino-Américaines N° 25 - Juin 2008









