Makhtar, peux-tu nous parler de tes origines ?
Je suis originaire de la ville de Louga au nord du Sénégal. J’ai été élevé par mon oncle gendarme. Par conséquent, tous les deux ans nous déménagions au gré de ses affectations. Enfant, je m’étais fixé comme défi de visiter tous les chefs-lieux des départements sénégalais. C’est grâce à lui en partie que j’ai pu relever ce défi.
Aujourd’hui, je suis marié. Mon épouse enseigne l’histoire-géographie. J’ai quatre enfants âgés de un à huit ans. Pour l’instant, je ne m’inquiète pas pour eux. Par contre, j’ai peur pour les jeunes Sénégalais qui ont entre 14 à 21 ans. Beaucoup sont alphabétisés : ils peuvent lire un livre, écrire ou lire une lettre et regarder un film. Mais cela ne leur permet pas de trouver un travail car il y a une absence totale de politique de formation professionnelle.
Toi, tu as pu faire des études ?
Oui. J’ai fait des études d’économie au Sénégal. Puis quand j’étais en année de maîtrise en 1989, j’ai participé à un test écrit de recrutement tout à fait par hasard et sans grande conviction. C’était pour un programme japonais dans le domaine de la formation. La question portait sur la formation de manière globale. Je n’ai marqué qu’une phrase : « Je ne peux pas faire de la formation pour des individus que je ne connais pas. » En effet, je pense qu’il faut connaître la langue et les besoins des gens pour pouvoir les former de manière efficace. Grâce à cette idée, j’ai été sélectionné et c’est donc à ce moment que j’ai fait mon entrée dans le milieu associatif. Plus tard, en 1997, j’ai interrompu ma carrière pendant un an pour venir étudier en France, à Lyon. J’ai suivi un DESS de développement local, au Centre international d’études.
Qu’est-ce qui t’intéresse tant dans la formation des jeunes ?
C’est le fait de voir et de savoir qu’au Sénégal, pour 20 000 élèves scolarisés en cours élémentaire, il y en aura 12 000 en CM2, 4 000 passeront le brevet, et 2 000 le bac. Je sais que cet écart est dans la rue, dans la délinquance. Pour moi, le problème est politique et j’ai envie d’accompagner les jeunes qui quittent le système scolaire et de les aider à s’en sortir et à développer une conscience politique.
Que fais-tu concrètement avec la Kora ?
Je me bats pour que les jeunes puissent avoir une formation professionnelle par exemple en plomberie, en coiffure, en couture, ou en menuiserie. L’offre de formation est concentrée à Dakar et les jeunes du milieu rural sont laissés de côté. La Kora-PRD propose aux jeunes des formations dans sept régions.
Mais il faut faire attention à ne pas conforter l’Etat dans son inertie. Car je pense que c’est normalement à lui de créer ces formations et non pas au milieu associatif. Nous réfléchissons maintenant à des stratégies de formation pour impliquer l’Etat dans l’ouverture de centres de formation. Pour atteindre cet objectif, il faut une pression populaire importante. Nous essayons de faire en sorte que les populations s’organisent, défendent elles-mêmes leurs droits et constituent une force de proposition dans le pays.
Qu’est-ce que ça t’apporte de travailler dans ce milieu ?
On croise aujourd’hui des jeunes qui sont toujours en activité, quinze ans après avoir bénéficié d’un programme d’aide au premier emploi. De même, je connais un vieil artisan qui, il y a quatre ans, ne savait ni lire ni écrire. Il peut maintenant remplir un chèque grâce aux campagnes d’alphabétisation que nous avons menées. C’est une immense satisfaction.
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