Sénégal - Le « tissu » économique des femmes

Cet article est paru en novembre 2006 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

D’ici quelques jours, la formation va débuter. Produire des métiers à tisser en bois, tel est le chantier que vont entreprendre les artisans sénégalais de la ville de Tambacounda ! La menuiserie est la première étape d’un projet qui vise à développer le tissage, une nouvelle activité économique pour les femmes de la région. Comme le souligne Makhtar Anta Diop de l’association la Kora PRD, « la diversification des activités économiques est nécessaire ». En réalité, les femmes ont toujours exercé des activités traditionnelles - couture, production de savon, teinture et transformation de céréales et de fruits… - mais à « Tamba », le marché est devenu particulièrement étroit pour ce type d’activités et les débouchés sont limités.

Ce projet permet une large participation des citoyens, à la fois de la ville, du pays et de la sous-région. Tambacounda, ville du sud-est du Sénégal, est au carrefour de plusieurs pays : Mali, Guinée Bissau Mauritanie, Guinée et Gambie. Makhtar a bien compris que la situation géographique du pays est un vrai atout et qu’il faut l’exploiter. Profiter des savoirs et savoir-faire de ses voisins permet d’échanger des pratiques, mais aussi de favoriser l’entente par delà les frontières. Ainsi, les menuisiers de « Tamba » ont suivi une formation pour la construction de métiers à tisser en fer d’après un modèle acheté au Burkina Faso. Puis, face à la complexité de réalisation de ce prototype, ils ont suivi une nouvelle formation pour la production de métiers à tisser en bois inspirés, cette fois, d’un projet malgache.

Ce choix de mettre à profit de nouvelles compétences techniques est encore plus visible dans le cas des femmes. Tandis que d’ici quelques semaines elles apprendront à tisser avec une formatrice de Thiès, à 70 km à l’est de Dakar, une seconde formation sera organisée dans quelques mois avec les formatrices burkinabées de l’association des tisseuses du Kadiogo. Enfin, pour motiver les participantes, les cinq meilleures apprenties-tisseuses séjourneront pendant 1 mois au Burkina Faso pour apprendre le métier de formatrice. Une initiative qui leur permettra, à leur tour, de transmettre leurs savoir-faire à des femmes de Tamba et d’autres villes du Sénégal, ou pourquoi pas, des pays voisins.

Cette volonté très forte d’interaction entre les acteurs de la sous-région n’est pas nouvelle. Dès 1998, l’association La Kora organise une rencontre à laquelle participent une centaine de femmes de différentes régions du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Togo et du Bénin. Pour ces femmes, c’est l’occasion de mieux se positionner économiquement : en échangeant sur les pratiques de chacune, elles découvrent d’autres méthodes sur l’organisation des différentes productions ou de la commercialisation. Une mise en relation très positive qui permettra d’ailleurs aux femmes de « Tamba » de réfléchir à de nouvelles activités, parmi lesquelles le tissage.

Au-delà du développement purement économique de ce projet qui favorise la création d’activités, la dynamique revêt un caractère très innovant. La Kora PRD s’est toujours attachée à défendre la place des femmes dans la société, mais cette fois, c’est à la question de l’égalité homme-femme dans le travail qu’elle s’attèle. Il faut en effet souligner que jusqu’alors, les femmes n’avaient pas accès au métier du tissage. Comme le raconte Makhtar : « le tissage est encore un métier exclusivement réservé aux hommes, le plus souvent des saisonniers venant de pays limitrophes ou du sud du pays. Alors ce que nous voulons faire avec les femmes de " Tamba ", ça pourrait être une vraie révolution ! »

A lire également :
Résonances Africaines N° 8 - Novembre 2006

Mise à jour: vendredi 10 novembre 2006

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