Se syndiquer pour exister !

Le 12 mars dernier, Jeanne, stagiaire communication pour Frères des Hommes, est allée à la rencontre des paysans de Nanjungud, petit village dans l’état du Karnataka (sud de l’Inde). Comme elle a pu le constater, être paysan indien est loin d’être facile, plus encore quand on est dalit [1]. La situation de ces « intouchables » est des plus préoccupantes. Exclusion, précarité, discrimination marquent leur quotidien. Pour pouvoir exister et faire valoir leurs droits, ces travailleurs ruraux se mobilisent en se syndiquant. Fedina, notre partenaire indien épaule ces groupements de travailleurs. Retour sur les effets de ce syndicalisme à Nanjungud...

Amélioration des conditions de vie

Dans ce village, les paysans se sont mobilisés pour accéder à de meilleures conditions de vie. « Le seul moyen que nous avions d’augmenter nos salaires était de nous syndiquer  », raconte Meenakshi. Bien que leurs revenus ne leur permettent pas encore de vivre dans des conditions décentes [2], leurs rémunérations ont augmenté depuis la création de ce groupement il y a 4 ans. En 2008, un homme touchait 1 575 roupies contre 954 pour une femme. Aujourd’hui, leur salaire sont respectivement passés à 4 725 roupies et 2 205 roupies. Le syndicat leur confère un véritable poids dans les négociations salariales.

Amélioration de la situation sociale

Chaque paysan fait désormais partie d’un collectif influant et participe aux décisions de celui-ci. Bien qu’il soit toujours considéré comme étant au plus bas de l’échelle sociale, son statut a (quand même) évolué. En se réunissant et en élevant la voix pour la reconnaissance de leurs droits, les dalits ont aussi obtenu un peu plus de respect de la part des autres communautés. Par exemple en classe, leurs enfants étaient autrefois assis à l’écart des autres. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Revalorisation du statut de la femme

L’égalité salariale entre les sexes est aussi une question délicate au sein des communautés dalits. Pour un travail quasi équivalent, les femmes touchent beaucoup moins que les hommes. Par conséquent, elles aspirent à recevoir le même salaire que leurs maris. On note également une évolution de la position de la femme dans l’organisation de la société. Pendant les réunions du syndicat, elles sont pratiquement les seules à intervenir. Désormais conscientes de leur importance, elles n’hésitent plus à proclamer leurs droits. A tel point qu’aujourd’hui, elles sont le moteur du syndicat et n’ont plus peur d’aller négocier directement avec les propriétaires terriens.

Un syndicat : en apparence

Depuis 2008, les paysans luttent pour faire reconnaître leur groupement de travailleurs. Mais à ce jour, il n’existe aucun syndicat paysan qui soit officiellement enregistré dans la région. Les reconnaître, ce serait entériner le statut de travailleurs pour ses membres. Or, pour beaucoup, les paysans ne sont que des « domestiques » au service de propriétaires terriens.

Au final, ces groupements de travailleurs jouent le rôle de syndicats permettent un net progrès pour les dalits. Entre autres, ils vont pouvoir bénéficier des lois soutenant économiquement les paysans. Par exemple, la loi NREGA [3] garantit 100 jours de travail par an, pour un membre de chaque famille rurale payé au salaire minimum. Gageons qu’avec de tels progrès, leur avenir s’écrira moins en pointillés.

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Cet article est paru dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.

[1] Les intouchables, ou dalits, forment, en Inde, un groupe d’individus exclus du système des castes (stricto sensu, ils sont considérés à proprement parler comme « hors du système des castes » au même titre que les populations aborigènes du pays ou les étrangers).

[2] 10 000 indian’s roupies par mois et par adulte sont nécessaires pour vivre décemment avec sa famille.

[3] National Rural Employement Guarentee Act : Loi nationale sur la garentie de l’emploi rural.

Mise à jour: mardi 17 avril 2012

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