« La paix, c’est quoi pour vous ? » demande Gaspard, animateur de l’exposition-jeu le Sentier de la paix. Pour Kalisa, jeune garçon du village de Nyanza, « la paix, c’est quand j’ai mangé, quand je suis pas malade, quand je vais à l’école », mais pour Concessa, écolière de la ville de Butare, « la paix, c’est quand on a la sécurité ». Les réponses sont multiples ; elles dépendent souvent du milieu d’où les enfants viennent. Mais quelle que soit la réponse, la question permet d’ouvrir simplement le dialogue sur un sujet sensible et difficile : le génocide rwandais de 1994. Plus qu’une activité ludique, l’exposition est un véritable parcours éducatif destiné à inviter à la réflexion des jeunes de 10 à 20 ans.
Jacqueline Uwimana, instigatrice du projet et présidente de l’association Umuseke [1] (« Aurore » en rwandais), a choisi d’éduquer les enfants à la paix en leur inculquant les valeurs d’égalité et de tolérance. Son objectif : faire prendre conscience aux enfants qu’il appartient à chacun de garder le contrôle de son libre arbitre pour penser par soi-même ! A travers le Sentier de la paix, elle propose aux enfants trente-cinq panneaux regroupés en huit thèmes : Je n’en crois pas mes yeux ; Généralisations, faits et opinions, préjugés et suspicions ; la Rumeur ; Différences et ressemblances ; la Discrimination ; le Bouc émissaire ; J’y vais, j’y vais pas ; Un monde pour tous. L’idée étant de les faire réagir selon la logique « découvrir, questionner- se questionner, choisir sa réponse ».

Sur l’un des panneaux de la série Je n’en crois pas mes yeux !, on voit le dessin d’une terre plate. « Pendant longtemps, les hommes ont cru que la terre était plate ; pourtant, la science a prouvé qu’elle était ronde et qui sait, peut-être que dans l’avenir quelqu’un démontrera qu’elle est ovale », explique l’animateur. L’enjeu de cette démonstration est de montrer aux participants que ce que l’on voit n’est pas toujours la vérité et qu’il faut se méfier des évidences. Pour que l’exposition soit bien comprise des enfants, les animateurs cherchent toujours à faire un parallèle entre l’histoire du pays et l’histoire d’un individu. Ainsi, les panneaux préférés des enfants sont ceux de la série Bouc-émissaire dans laquelle ils se retrouvent ou reconnaissent l’un de leur camarade. Un sujet qui permet de faire comprendre aux enfants que l’on peut être accusé injustement, mais que l’on ne doit pas pour autant rester une victime.
En début de parcours, on remet un carnet de bord à chaque élève pour leur permettre de mieux s’approprier la démarche, mais aussi pour qu’ils partagent la réflexion avec leur famille. Et les résultats sont surprenants. Un jour, en sortant du bureau, des membres de l’association Umuseke croisent la maman d’un écolier qui a suivi la formation. C’est avec surprise qu’ils remarquent qu’elle a le carnet de bord de son fils ; mais quelle n’est pas leur satisfaction quand ils apprennent qu’elle l’emmène pour le montrer à ses collègues et en discuter avec elles !
Aujourd’hui, le Sentier de la paix est une vraie réussite. Alors qu’au départ les parents et les enseignants la critiquaient et montraient une grande réticence, l’exposition est devenue une méthode reconnue et les écoles et centres de jeunesse du pays se l’arrachent : chaque année, ce sont quelque 5000 jeunes Rwandais qui la découvrent ! Jacqueline est très fière du travail accompli par son association, mais aujourd’hui son rêve est d’aller encore plus loin et de créer une maison de la paix, à la manière de « la pharmacie des droits » de ses voisins congolais Héritiers de la justice [2]…
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