Rajagopal P.V : son nouvel appel à une marche non-violente des sans terre indiens

Octobre 2007 : ils sont 25 000, octobre 2012, ils seront 100 000 ! Les milliers de paysans sans terre décidés à faire valoir leurs droits auprès du gouvernement indien au cours d’une marche non-violente. Qu’il s’agisse de luttes contre l’installation de centrales nucléaires ou de bases de l’armée , ou contre la surexploitation de ressources naturelles, le combat ne se fait pas à armes égales. Aujourd’hui, Rajagopal P.V, président du mouvement Ekta Parishad, revient sur la marche initiée en 2007 et nous explique les raisons de cette nouvelle mobilisation. Initiative à nouveau soutenue par Frères des Hommes.

« Nous les avons prévenus : si vous ne faites rien, nous n’allons pas en rester là. Nous agirons et la prochaine fois, nous serons beaucoup plus nombreux. » Cet avertissement a été lancé il y a 5 ans au gouvernement indien par le président d’Ekta Parishad. Après 4 ans d’attente et de nombreuses relances aux membres du gouvernement, il est décidé de se mobiliser à nouveau. Depuis octobre 2011, une nouvelle marche a donc débuté, la « Jan Samwad Yara » (« marche du dialogue » ) qui a permis de parcourir jusqu’ici tous les états du Sud, allant à la rencontre de toutes les luttes invisibles du pays. A présent, la Jan Samwad Yara se poursuit dans le nord-est de l’Inde avec la même volonté. Ce n’est qu’après de longs mois passés à comprendre les attentes sur le terrain que commencera le 1er octobre 2012 la « Jan Satyagraha » (« l’action réelle »). Cette dernière accueillera 100 000 personnes au départ de Gwalior pour marcher jusqu’à New Delhi.

Une telle mobilisation est-elle nécessaire ? Cela peut sembler à la fois triste et paradoxal, mais aujourd’hui dans le pays de Gandhi, l’usage de la non-violence est tout simplement ignoré par les autorités. Rajagopal P.V. relève d’ailleurs ceci : « Il n’y a pas d’interface gouvernementale pour parler avec les revendications non-violentes. Quand il y a violence, il y a réponse. Mais pour l’action non-violente, il n’ y a pas de réponse. » La Jan Samwad Yara entend donc créer une plate-forme de dialogue permettant à tous de s’exprimer. Toutefois, il n’est pas seulement question de recueillir des opinions dans tout le pays. Il s’agit avant tout pour les organisateurs de comprendre les luttes en profondeur et de faire des rencontres riches d’échanges pour mieux valoriser leur action.

Bien que les requêtes s’adressent aux politiques, Rajagopal P.V. rappelle également que cette marche va au-delà des clivages : « Ce n’est pas le moment de chercher à prouver quelle idéologie est la meilleure. Alors, rejoignez-nous ! » A l’heure actuelle, tous les courants idéologiques sont représentés dans le mouvement, dialoguant avec succès. Les autorités ont, quant à elles, assez peu réagi, évoquant vaguement une proposition de loi, ce qui ne saurait suffire pour Rajagopal P.V. : « Essayez au moins d’appliquer les mesures que vous avez élaborées, je ne demande pas de nouvelles lois ! » Pourquoi un tel cri de révolte ? Tout d’abord parce qu’il existe déjà en Inde de nombreuses mesures de protection envers les paysans, mais elles ne sont pas appliquées. D’autre part, la globalisation conduit aujourd’hui le gouvernement à exproprier des paysans de leurs terres pour les offrir à des multinationales ou accéder à des ressources naturelles. Il serait juste d’abroger ces mesures. Enfin, pourquoi ne pas être transparent sur le nombre de terres disponibles et pouvant être redistribuées ?

A la question de savoir ce qu’attend Ekta Parishad de l’aide internationale, la réponse pourrait se résumer en ces mots : « la mobilisation de tous !  » Frères des Hommes, aux côtés d’Ekta Parishad, encourage cette mobilisation dont les enjeux dépassent les frontières. L’engagement des sans terre nous démontre avec force l’universalité des engagements en faveur d’une société plus juste.

« Si vous n’êtes pas indifférents, le monde sera différent.  » ( Rajagopal P.V. )

- Retrouvez l’entretien en version partielle sous-titrée en français
- Retrouvez la version complète en anglais
- En savoir plus sur Ekta Parishad

Cet article fait partie du Grand Angle de Résonances d’avril 2012.
Vous pouvez retrouver les autres articles de ce Grand Angle :

- Journée internationale des luttes paysannes : Un panorama de nos partenaires
- Le diaporama des luttes paysannes : Une terre pour tous

Cet article est paru dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.
Mise à jour: mardi 17 avril 2012