En effet, si sur les marchés du Plateau Central, on trouve de tout : riz, pois, blé, poisson, saucisses…, il est en revanche difficile de trouver un de ces produits alimentaires qui ne soit importé des États-Unis ou de la République dominicaine. Mais pourquoi est-il si compliqué de produire localement ?
Cette région haïtienne du Plateau Central offre pourtant de grandes possibilités agricoles notamment de par ses importantes ressources hydriques (encore non valorisées). Pour saisir ces opportunités, il suffirait aux paysans d’effectuer un premier investissement, mais la situation d’extrême pauvreté dans laquelle ils sont les empêche de débloquer le moindre centime. L’achat d’une citerne leur permettrait par exemple de sortir de cette précarité en leur fournissant de l’eau pour cultiver leurs terres, même pendant la saison sèche. Une formation en agroécologie rendrait aussi plus optimales leurs cultures, tout en réduisant le nombre de pesticides utilisés.
Sachant qu’Haïti a reçu un soutien financier et humain formidable à la suite du séisme de 2010, comment expliquer le fait que cet état de pauvreté perdure encore ? Deux raisons principales se dégagent. D’un côté, de nombreuses ONG internationales interviennent sans coordination avec les organisations haïtiennes et distribuent régulièrement de la nourriture aux familles dites « nécessiteuses », cassant ainsi les prix du marché local. De l’autre, le gouvernement qui autorise l’importation massive de produits états-uniens ou dominicains. Ces actions conjointes, outre le fait de maintenir les paysans haïtiens dans cet état d’extrême pauvreté, transforment aussi peu à peu les habitudes alimentaires et dans certaines communes, les gens ne veulent déjà plus entendre parler des produits locaux comme l’igname, le manioc ou la patate.
« Une marmite de maïs coûte 25 gourdes et personne ne veut en manger, les gens préfèrent le riz ou le blé distribué par des ONG. Quel choix me reste-il ? » déplore Macelin Paul, un paysan originaire de la commune de Hinche. Pour les travailleurs de la terre, ce choix semble se restreindre de plus en plus à l’émigration vers Port-au-Prince ou la République dominicaine.
Pour prévenir une crise alimentaire précipitée par la politique de marché libre qui décourage les paysans de la région (déjà mis à mal par l’épidémie de choléra), Frères des Hommes soutient plus que jamais son partenaire local, le Mouvement paysan Papaye (MPP).
Un paysan haïtien et son jardin Lakou
Des techniques innovantes et à faibles coûts d’entrée sont ainsi développées avec les paysans du Plateau Central. Le jardin lakou par exemple est une technique de culture un peu particulière mais très efficace. Pour passer outre les problèmes fonciers que connaît Haïti, le MPP promeut ce type de jardin qui cultive ses légumes... dans des pneus aménagés ! Le jardin prekay, équipé d’une citerne familiale, permet quant à lui de cultiver des légumes sur une surface réduite durant la saison sèche, période de l’année habituellement improductive pour les paysans.
A ces nouvelles techniques de culture, le MPP et Frères des Hommes associent des cycles de formation afin de mettre toutes les chances du côté de ceux qui font vivre l’agriculture sur le Plateau Central. Car défendre la souveraineté alimentaire, c’est donner une réelle opportunité aux paysans de travailler sur leurs terres et de faire sortir leur famille de la pauvreté.
Cet article fait partie du Grand Angle de Résonances de janvier 2012.
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Le charbon, bête noire du Plateau Central
“Je nan je” : l’émergence d’un mouvement social
| Cet article est paru en janvier 2012 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici. |















