Au début du mois d’octobre 2007, Brenda et Emmanuel s’envoleront pour l’Inde afin de participer à Janadesh, marche organisée par le partenaire indien de Frères des Hommes, Ekta Parishad, en faveur de la lutte pour l’accès à la terre et à l’ensemble des dignités humaines dont sont souvent privées les populations paysannes des pays du Sud.
Leur présence en Inde pour cette mobilisation est loin d’être le fruit du hasard. Fort d’une première expérience enrichissante sur le terrain auprès de notre partenaire en Inde, Manu voit cette nouvelle aventure comme « l’aboutissement d’un an et demi de projet ». En effet, il avait eu l’occasion lors de son premier stage en Inde (avril-septembre 2006) d’assister aux préparatifs de cette mobilisation et de rencontrer de nombreux paysans et familles de paysans mobilisés autour de cet évènement. Détenteur d’un BTS agricole d’analyse et de conduite des systèmes d’exploitation, il avait notamment réalisé lors de son voyage un film sur la problématique agraire que souhaite mettre en relief Janadesh. Un outil de sensibilisation qu’il lui aura été fort utile à son retour en France, lors de diverses manifestations qu’il réalisa. Il l’a notamment présenté devant 500 personnes lors d’un forum au sein de son école. Il a aussi organisé une rencontre à St Mayeux en présence de Rajagopal, leader d’Ekta Parishad, Jean Pierre Dardaud, président de l’association « Frères des Hommes » (FDH) et Charles Josselin, ancien ministre de la coopération internationale. Il a participé à la promotion de Janadesh au sein des équipes de FDH (Thouaré, Crozon, Paris) ou encore lors de journées à thème (ex : marché paysan de Bordeaux).
Quant à Brenda, si ce périple en Inde constituera un baptême, elle n’en est pour autant point étrangère à ce type de voyage et de projet. Elle ne connaît certes pas l’Asie, mais elle a déjà eu l’occasion de découvrir les continents latino-américains et africains. Titulaire d’un BTS économique sociale et familiale, elle a eu l’opportunité de vivre une expérience tout autant enrichissante en Haïti. Stagiaire au sein d’une école dans le Sud du pays, au nom de l’association « Haïti couleurs, Haïti chaleur », elle a, entre autres choses, mis en place un projet de réhabilitation des sanitaires, en aidant à la construction de toilettes sèches. En effet, il n’y avait auparavant en guise de sanitaires qu’une fosse d’une dizaine de mètres chapeauter d’une dalle de béton. L’odeur et la prolifération des bactéries rendaient alors ces conditions dangereuses pour la sécurité sanitaire des enfants. Par la suite, elle est partie 3 mois au Cameroun auprès d’une association de travailleurs sociaux. Ce stage, par le travail de recherches et d’analyses qu’il a requis, lui a offert la possibilité de rentrer en contact avec de nombreux acteurs associatifs et d’instances gouvernementales du Cameroun. L’essentiel de son travail a alors consisté en des montages, suivis de projet et recherche de bailleurs de fonds, ou encore démarchage auprès des ministères.
Leur complémentarité pour couvrir ce type de mobilisation apparaît tout de suite plus claire. Comme nous l’explique Manu : « la problématique de l’accès à la terre se pose autant au niveau agricole que social et familial. Ce qui construit la paysannerie, c’est un ensemble de familles ». La lutte contre ce système d’exclusion et de pauvreté est l’affaire de tous. De plus il voit un certain gain d’efficacité dans le travail en binôme : « les interviews sont par exemple plus facile à gérer, il y en a un qui pose les questions et l’autre qui prend des notes ».
Car ce projet original est autant audacieux qu’ambitieux. Ils envisagent en effet après avoir participé à la marche de Janadesh et au sit-in prévu devant le Parlement, de rallier l’Europe de l’Ouest par la terre, de manière à faire perdurer symboliquement le message de cette mobilisation et d’informer sur leur passage, populations comme organisations, de l’initiative courageuse des paysans indiens pour l’accès à la terre. Tout au long de cette expérience, Janadesh va donc leur servir de porte d’entrée pour traiter de la problématique de l’accès à la terre d’une façon beaucoup plus large, au Sud comme au Nord, ainsi que pour échanger sur les réalités des différents pays. Pour nos deux aventuriers, « la mondialisation économique laisse de côté l’aspect social et familial, il faut que nos populations occidentales prennent en considération ce qui se passe ailleurs et aient connaissance de ce type de combat »
Partant pour six mois, ils ont prévu de nous faire vivre leur expérience très certainement riches d’enseignements via un blog et envisagent la conception de deux reportages vidéos en interpellant le public sur une question anodine mais ô combien de plus en plus sérieuse : « Et vous, vous mangerez quoi demain ? » Premiers pas vers les missions humanitaires auxquelles ils espèrent participer à l’avenir, ils envisagent donc de pouvoir, à terme, se servir de la marche Janadesh pour sensibiliser le public français sur les problèmes d’accès à la terre.









