Tim est un voyageur. A dix ans, un séjour en Roumanie le marque assez pour qu’il s’en souvienne encore aujourd’hui. Comme dans un roman (d’aventure, forcément), ce pays le plonge dans un univers jusque là inconnu. Après un trajet de près de deux mille kilomètres dans une voiture surchargée, il parcourt l’antique Dacie, dles Carpates et le littoral de la mer Noire. Quand ce n’est pas un troupeau d’oie qui leur coupe le chemin, ses parents, ses trois frères et sœurs et lui-même doivent doubler des roulottes. Déjà la route est son terrain, son fil d’Ariane en terre inconnue.
L’envie de voyager naît de ce voyage en Roumanie. Elle sera toujours une contrepartie à son quotidien scolaire, qui l’ennuie. Il dévore les livres de Stevenson, de Jules Vernes, ou de Jacques London. Les bandes-dessinées de Pratt ou de Loisel lui permettent de s’évader encore un peu plus.
Le bac en poche, il choisit un parcours qui lui permettra de partir aux quatre coins du monde : c’est l’école internationale de commerce et de développement des 3 A, à Lyon. Même si l’aspect école de commerce le rebute, il est charmé par l’état d’esprit des étudiants, communautaire et solidaire, tous fans de voyages. Il rejoint une collocation avec deux étudiants de son école, tous deux globe-trotters.
L’établissement compte une vingtaine d’associations de solidarité internationale pour seulement cinq cents étudiants. Les premières années, les cours sont très orientés sur le développement durable et l’humanitaire. Il prend alors la décision de tailler son chemin dans ces domaines et effectue des stages auprès de l’association québécoise Equiterre avec qui il a organisé une randonnée écologique près de Montréal, ou de l’Association de volontaires pour la protection des aires protégées, au Costa Rica, où il a sauvé des tortues.
Son plus grand trip, une descente de l’Europe de l’est en triplette, vélo à trois. Avec deux amis, Tonio et Matao, ils ont débarqué à Tallin en juillet 2007. En triplette, tu en baves dans les côtes, mais à plat et dans les descentes, quel pied ! En deux mois, les garçons avalent plus de deux mille kilomètres d’asphalte, expérimentant la solidarité. Ils n’ont pas le droit de s’engueuler, sinon ils n’avancent plus. D’Estonie, ils rejoignent la Roumanie en traversant la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, des pays venant d’intégrer l’Union européenne. Tim est marqué par les nombreux décalages découverts pendant ce voyage, entre centres et périphéries, villes et campagnes, ouvertures au capitalisme et restes de l’empire soviétique, et est choqué par la condition des gitans. Il ressort tout de même de ce voyage séduit par les contrastes de ces régions.
Le retour à Lyon est difficile. Les deux dernières années à l’école des 3A sont beaucoup plus orientées sur le commerce et le marketing, et Tim ne comprend pas qu’on lui fasse faire des argumentaires de vente pour des marques de lessive, ou qu’on lui apprenne comment placer des produits dans un supermarché. Il découvre de l’intérieur ce système qui fait consommer des produits dont on n’a même pas besoin et qui impose le système occidental aux pays du Sud. Il commence aussi à entrevoir de mieux en mieux les désillusions du monde de la solidarité internationale, où les changements sont difficiles face à des empires comme Monsanto ou Mc Donald’s. Mais il est toujours mieux de perdre ses illusions avant de s’engager, plutôt que d’arriver sur le terrain avec (un peu trop) de bonnes idées…
Tim est arrivé à Frères des Hommes séduit par l’idée de travailler avec le Mouvement des sans-terre à Paris pour l’organisation du 25ème anniversaire, et de partir au Sénégal auprès de l’Union des groupements paysans de Meckhé. Le mode de fonctionnement de Frères des Hommes, basé sur l’appui aux initiatives locales s’accommode de ses questionnements sur la légitimité du développement, car les programmes sont définis à la base. Ce ne sont pas des projets que l’on parachute depuis le Nord.
Pour l’instant, la priorité de Tim est de voyager. Quand il aura fini d’arpenter la latérite sénégalaise, son premier voyage en Afrique, il souhaite repartir pour un grand voyage, rencontrer des opportunités et ouvrir son regard sur autre chose. Un brin situationniste, il ne souhaite rien fixer pour l’instant et veut éviter la routine.
Portrait réalisé par Henri Lefebvre











