Après une carrière de comédienne déjà riche, tu es aujourd’hui chanteuse. Comment t’es-tu tournée vers la musique ?
C’est au fur et à mesure de mes rencontres que je suis venue à la musique. Mais j’ai toujours chanté pour moi-même, j’ai toujours eu cette petite voix-là en moi et les gens ont accroché à cette voix. Ça m’a poussée à m’impliquer plus, à partager ma musique, à ramener cette intimité sur scène. Donc j’ai commencé à chanter au théâtre et du théâtre je me retrouve aujourd’hui à faire cet album.
Et cette transition, de l’intimité à la scène, a été une étape difficile pour toi ?
Non j’ai bien aimé ça. Pas uniquement parce que j’aime être sur scène, mais surtout parce que j’ai toujours envie de donner. Je vis pour les autres, je vis pour que les autres soient bien. Je donne jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Mais tant que j’ai un peu de souffle, je serai toujours là pour les autres.
Tu viens de réaliser ton premier album “Fatou”, comment le définirais-tu ?
C’est un album qui me représente bien. Je pouvais faire quelque chose d’hyper sophistiqué, avec beaucoup d’instruments et de très grands artistes, mais j’ai préféré faire un album très brut. Certaines prises ont été faites en une seule fois. Avec cet album j’ai envie de montrer qui je suis, mon côté simple. J’ai envie de partager l’amour que je peux donner, la tendresse que j’ai dans mon âme.
Par rapport aux thèmes que tu as choisis pour cet album...
C’est marrant parce que je suis comédienne et ça allait plutôt pas mal dans le théâtre et le cinéma, alors quand on m’a poussée à chanter, je me suis dit « autant que ça serve ». Ça a été la seule motivation à partager vraiment ma voix. C’est donc pour ça que j’ai choisi des thèmes sur la paix, sur l’excision, sur le mariage forcé, des thèmes qui touchent ma société au Mali. Je ne suis pas vraiment une militante, j’ai juste écrit ces textes par rapport à mon être. Il y a plein de choses qui me blessent comme l’excision, comme le mariage forcé, que j’ai moi-même refusé. Ce sont des idées qui peuvent faire avancer l’Afrique : on a besoin d’autres choses, d’autres valeurs pour notre génération et celle qui viendra après.
Du coup, c’est pour ça que tu chantes en bambara ? Pour t’adresser directement à un public africain ?
Exactement. En français, ça n’aurait pas fait avancer les choses…Ici les femmes ont déjà une petite place. Ça pourrait être encore mieux, mais elles ont déjà fait un grand pas. Nous, tout est à faire.
Et comment ta musique est-elle reçue au Mali ?
Il y a 2 morceaux qui sont en promo là-bas, sur les radios et à la télé. C’est plutôt bien reçu, ce qui me surprend énormément, parce que mes textes sont un peu révolutionnaires, ce qui est rare dans la musique malienne. On a plutôt une culture de chants centrés sur les traditions du pays et comme les chanteurs ne vivaient pas d’autres d’expériences, qu’ils ne sortaient pas du Mali, ils se sont mis à chanter tout le temps les mêmes choses. Tandis que moi, comme j’ai eu un peu la chance de voyager dans le monde entier avec le théâtre et maintenant avec ma musique, je peux voir, par exemple, la condition des femmes à l’extérieur.
Être femme justement…
C’est un combat. Quand je vois la France, je me dis « OK, les gens ont fait quelque chose pour en arriver là ». On ne naît pas égaux, on le devient. On doit se battre. Aujourd’hui, je me dis que c’est un peu mon devoir de partager mes expériences dans mon pays, leur donner d’autres idées : qu’ils imaginent des femmes présidentes, qu’ils voient des femmes entrepreneuses, avec des postes importants. Montrer qu’elles sont capables. Qu’elles ne sont pas juste là pour faire des enfants ou à manger. Mais j’ai de l’espoir pour l’évolution de la femme en Afrique car je sais que les femmes ont leur place à prendre. Il faut juste qu’elles sortent des idées anciennes, qu’elles se projettent dans le futur. Quand je vois comment est reçu mon album, je vois que les hommes sont prêts aussi. Il ne faut pas rester sur nos préjugés. La société n’est pas figée.
Tu as offert une de tes chansons à Frères des Hommes. Est-ce que tu t’engages souvent comme cela pour des associations ?
Je chante pour aider les associations. Quand on a besoin d’aide, je viens en courant. Quand je peux, je donne ce que j’ai. Je pense aussi que mon projet est une sorte d’association. Je ne suis pas là à pleurer pour l’Afrique, ma musique est un combat d’espoir. Mon but est de positiver : il y a des problèmes, des choses à faire, il faut juste trouver les bons codes pour y arriver.
Redécouvrez et partagez le diaporama "Les chemins de l’apprentissage", avec la chanson ’Sowa’ du premier album de Fatoumata Diawara.
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| Cet article est paru en décembre 2011 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici. |











