Le comité de rédaction de la revue Quehacer [1] est persuadé du pouvoir d’influence de ses lecteurs sur l’opinion publique : 30 % d’entre eux sont des personnages importants dans les milieux de l’entreprise, politiques, sociaux et religieux. Les publications dites alternatives sont nombreuses au Pérou, mais la particularité du bimestriel édité par Desco [2], centre d’études et de promotion du développement, c’est qu’il s’adresse à tous : populations de base mais aussi érudits. Comme l’explique Abelardo Sanchez León, directeur de la revue, « Quehacer est pour les élites, mais elle n’est pas élitiste. » Desco l’a bien compris : pour une action plus efficace il doit être présent sur les deux fronts. D’un côté, il lutte contre la pauvreté et contribue à l’amélioration des conditions de vie des plus défavorisés en multipliant les projets locaux. De l’autre, il vise à transformer la sphère politique en interpellant les personnes pouvant induire une société plus juste, via des publications variées.
Cette dualité n’est pas un hasard. Elle correspond à une volonté d’impliquer tous les acteurs, du paysan au ministre, et de créer un lien entre ces deux mondes. Tandis que le soutien apporté aux familles et organisations paysannes de la région de Huancavelica permet d’augmenter le niveau de productivité des élevages ou encore de diversifier la production agricole, les articles parus dans Que hacer conduisent à une prise en compte par l’opinion publique de la situation économique précaire de ces populations. Partant du principe que le changement social ne peut intervenir sans la mobilisation des élites, Desco édite articles, bulletins d’informations, revues, livres. En plus de vingt années d’existence, la revue Quehacer est devenue l’un de ses outils privilégiés : elle a notamment suscité un large débat autour des propositions des politiques et des alternatives de développement pour le pays.
Couverture de la revue Quehacer de janvier/février 2005 / © Desco
Pour Abelardo Sanchez, « la diffusion d’informations est une manière de se rapprocher des dirigeants de la société et d’avoir une influence sur eux. » Les publications sont un écho des projets de développement que soutient Desco - elles permettent de les faire connaître -, mais elles sont aussi une véritable tribune. A travers ses articles, le comité de rédaction énonce ses analyses sur la société, ses critiques et ses propositions. Quehacer offre ainsi un espace d’échange pour promouvoir et défendre la démocratie et ses valeurs, et permet à l’organisation de se positionner. En traitant des questions rurales, urbaines, culturelles…, la revue garde un lien avec ses projets de terrain, mais elle va plus loin. Sa particularité est d’aborder des thèmes en fonction des problèmes qui se présentent - droits humains, environnement, culture populaire, mouvements sociaux - et de rendre compte de l’histoire récente du pays.
À ce jour elle bénéficie d’une image de prestige et de sérieux. Pourtant elle ne recule devant aucun sujet : actualité politique, crise économique, globalisation, écologie, genre, art, culture, etc. Rien ne l’arrête dans son engagement ! Dans un pays hautement catholique et traditionnel, l’association n’a pas hésité à mettre en couverture la photo d’un couple gay se tenant par la taille. Dans ce numéro consacré aux us et coutumes des Péruviens et à la place occupée par les hommes et les femmes au XXIe siècle, l’intime et le privé faisaient l’objet d’une attention particulière. Dans son l’article Les femmes pensent et les hommes pleurent aussi, la psychanalyste péruvienne Matilde Ureta de Caplanski dresse ainsi le profil des femmes et des hommes dans le Pérou actuel. Ce cocktail entre réflexion, opinion et audace permet à la revue Quehacer de « séduire avec intelligence » et d’être unique au Pérou !
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Résonances Latino-Américaines N° 10 - Janvier 2007



























