300 personnes ont participé au séminaire sur les droits des pêcheurs et le rôle d’un gouvernement démocratique organisé le 24 avril 2008 par le Forum pakistanais des pêcheurs (PFF [1]) à Karachi. Journalistes, représentants d’organisations de la société civile, enseignants, étudiants, et de nombreuses personnes issues de différents milieux de la société, dont une forte proportion de femmes et d’enfants, étaient réunis autour de défenseurs des droits de l’homme pour condamner les injustices et les violences commises par le gouvernement contre les pêcheurs.
Répondre aux menaces par la mobilisation collective
Les pêcheurs de la province de Sindh, au sud du Pakistan, voient leur survie menacée par des politiques de plus en plus défavorables. Au nom de programmes dits de développement, les autorités mènent la vie dure aux pêcheurs. Des projets comme la construction de riches villes côtières, notamment celle de la Diamond Bar Island City sur les îles jumelles de Dingi et Bhundar ; ou alors la construction de barrages sur la rivière de l’Indus, asséchant la région environnante, menacent directement la vie des pêcheurs et détruisent les mangroves, protections naturelles contre les tsunamis et l’érosion des sols. Les pêcheurs qui tentent de résister font l’objet de violences accrues. Certains ont témoigné lors du séminaire des injustices qu’ils subissent dans l’exercice de leur métier, leur seule source de subsistance : interdiction de pêcher dans de nombreuses zones, destruction de jetées, vols de matériels. C’est ainsi qu’une femme du district de Jamshoro a raconté comment son mari a été assassiné par les « seigneurs de la mer » du coin. Sa communauté a en outre dû subir des vols de bateaux, et des pêcheurs ont été battus par les riches propriétaires. Depuis, aucun pêcheur n’ose revenir pêcher, par peur d’être brutalement passé à tabac ou même de perdre la vie.

Peu avant le séminaire, 400 personnes ont manifesté contre les atrocités commises par l’Autorité de défense du logement (DHA [2]) qui, exerçant son pouvoir au nom de l’armée, empêche les pêcheurs de travailler dans la jetée de Gizri à Karachi. En plus d’user de toutes sortes de violences, comme l’incendie des bateaux, la DHA a forcé au déplacement des milliers de pêcheurs indigènes en acquérant à un prix insignifiant la quasi-totalité des terres où ceux-ci vivaient depuis des générations. La DHA a également violé l’entente qu’elle avait conclue avec les pêcheurs, qui les autorisait à pêcher entre 6h et 18h.
Les valeurs démocratiques réaffirmées dans une charte pour le droit des pêcheurs
Face à ces injustices, les militants de PFF pensent que ce sont les valeurs démocratiques qui pourront assurer une gouvernance juste et faire respecter les droits humains fondamentaux des pêcheurs et de tous les citoyens pakistanais. Forts de cette conviction, les participants ont adopté à l’unanimité, à l’issue du séminaire, une Charte de revendication [3] exhortant le gouvernement à agir d’urgence pour stopper les violences infligées aux pêcheurs.
Entre autres réclamations figurent celles de libérer les pêcheurs détenus dans les prisons indiennes et pakistanaises depuis des années sous de faux prétextes de contrebande transfrontalière, et d’appliquer les lois du travail au secteur de la pêche assurant la sécurité sociale et un salaire minimum. Les participants ont ainsi pu manifester leur engagement pour un système politique et économique plus juste en adressant aux représentants du gouvernement présents leurs revendications pour que les pêcheurs retrouvent leurs moyens d’existence et vivent dignement.
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