Pakistan - Les ONG locales sur le front du séisme

Cet article est paru en janvier 2006 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

Le 8 octobre dernier, les régions du Cachemire et de la province de la frontière nord ouest (NWPF) au Pakistan sont touchées par un tremblement de terre des plus violents ; désastre le plus destructeur de l’histoire du pays. On dénombre plus de 79 000 morts, des milliers de blessés et pas moins de 3 millions de personnes qui se retrouvent sans abris. Une catastrophe qui nécessite la mise en place rapide de programmes d’aide d’urgence et de soutien aux victimes et qui parallèlement, conduit à la reconsidération du rôle et du statut des organisations non gouvernementales et autres associations locales au Pakistan.

Des ONG locales incontestablement vitales

Depuis un certain temps, les ONG étaient la cible de sévères critiques de la part des sphères religieuse et militaire qui n’ont pas hésité à les qualifier de traîtres et de parasites. Il courait même certaines rumeurs sur la mise en place d’un nouvel ensemble de législations disciplinaires pour rationaliser leur travail et leurs interventions.

Toutefois, ces accusations et suspicions quant à leur légitimité ont été largement balayées suite au séisme. En effet, les ONG se sont montrées particulièrement énergiques en apportant un soutien rapide aux victimes des régions du Cachemire et de la province de la frontière nord ouest. Des équipes locales au soutien des réseaux ruraux, des groupes de lutte pour le droit des femmes aux fondations de santé et d’éducation, tous étaient présents et agissaient sur tous les fronts. Finalement, leur réactivité et leurs compétences mises au service des populations touchées ont prouvé à l’ensemble du pays, mais également au reste du monde à quel point elles étaient vitales dans cette société où le bien-être des populations est très largement ignoré, comme en témoigne le budget dérisoire que le gouvernement pakistanais attribue aux dépenses de santé, d’éducation, de développement, etc.

Le rôle de toutes ces organisations s’est traduit par différentes actions concrètes et immédiates : installer des tentes, transporter les blessés, mettre en place des campagnes de sensibilisation au niveau international, régional et local, collecter des fonds, etc. Ces associations, et particulièrement la Commission des Droits de l’Homme au Pakistan (HRCP), ont également joué un rôle essentiel dans la revendication du suivi et du contrôle des fonds, en demandant transparence et responsabilité quant à leur usage.

Impliquer l’ensemble des citoyens

Parallèlement, ces associations ont interpellé le gouvernement sur la nécessité fondamentale d’impliquer l’ensemble des citoyens des communautés affectées dans la phase de reconstruction et de réhabilitation post-séisme ; prenant en considération leurs opinions notamment sur des sujets tels que le réaménagement et le logement. Comme le souligne le journaliste indien Praful Bidwai dans son article Shaken, not stirred, il faut « autoriser les pauvres, et particulièrement les femmes, à surmonter les frontières et limites établies et les impliquer en tant que citoyens actifs, clients et consommateurs, et pas uniquement comme des groupes cibles bénéficiaires de subventions ».

Les ONG pakistanaises se sont largement appuyées sur cette dimension de participation citoyenne lorsqu’elles sont intervenues auprès des populations victimes du séisme. Les Fondations de Développement SUNGI et Omar Asghar Khan (OAKDF) ont par exemple su mettre à profit leur longue expérience et connaissance du terrain et surtout de leurs habitants, mais aussi, ont utilisé une approche participative pour mener à bien leurs activités de soutien et d’assistance. Au sein de la Fondation Omar qui a développé des organisations partenaires d’hommes et de femmes dans différents villages locaux du district d’Abbottabad (situé dans la province de la frontière nord ouest), tout le monde est impliqué à tous les niveaux. Cette implication dans des activités citoyennes a logiquement créé de fortes relations de confiance entre ces associations et les habitants des communautés locales. C’est justement cette alliance entre connaissances des spécificités et réalités sociales, économiques et géophysiques du terrain, et surtout profond enracinement auprès des communautés locales qui rend le travail de ces organisations tout à fait légitime, pertinent et efficace.

Au delà de la collaboration établie entre associations et populations, il faut souligner les remarquables soutien et entraide solidaires qui se sont mis en place parmi les nombreux acteurs de la société civile : ONG locales (à titre d’exemple, l’association des organisations des femmes pakistanaises Shirkat Gah et la Fondation Aurat aux activités menées par la Fondation de développement SUNGI), ONG internationales, universitaires, bénévoles, simples citoyens, etc.

Report du FSM pour soutenir le travail des ONG

Pour accompagner cette solidarité, les importants groupes de mouvements sociaux et ONG qui travaillent à l’organisation du Forum Social Mondial à Karachi ont décidé de reporter l’événement à fin mars pour permettre aux nombreux acteurs de la société civile de continuer leur travail d’assistance et de soutien auprès des populations victimes du séisme. Ainsi, alors que le FSM a lieu à Karachi, les associations pakistanaises veulent que cette grande mobilisation séculaire de solidarité internationale et de coopération parmi les citoyens aide à promouvoir l’espace démocratique pour une société civile indépendante capable de défier les forces de la guerre et la déraison d’Etat.

Dans la prochaine newsletter nous aborderons les difficultés rencontrées par les associations suite au tremblement de terre et générées par les frontières tant visibles (géographiques) que cachées (inter étatiques, religieuses, etc.)

Nous montrerons également comment cette reconsidération du statut et du rôle des organisations locales ne pourrait être que provisoire, puisqu’en grande partie due aux conséquences du séisme. Au Pakistan, la bataille de ces ONG contre les sphères politique, militaire et religieuse qui ne leur accordent que peu de considération est en effet loin d’être terminée !

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Résonances pakistanaises n°1 - Janvier 2006

Mise à jour: vendredi 10 février 2006

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