Du chemin a été parcouru sur les terres pakistanaises. De nombreux enfants travaillant dans le textile, la construction ou l’industrie automobile ont maintenant droit à des récréations. D’autres ont même été autorisés par leurs employeurs à concilier travail et école, quand celle-ci est située à proximité du lieu de travail. C’est peu, mais c’est beaucoup à la fois. Convaincues « qu’un enfant employé est un avenir détruit », les organisations MLFP [1] et WERWS, syndicat et association pakistanais, ont fait de l’abolition du travail des enfants une préoccupation majeure dans leur combat pour les droits des travailleurs, surtout au Pendjab, province la plus touchée du Pakistan, où près de 2 millions d’enfants sont concernés.
La situation socio-économique du pays est désastreuse et contraint les familles à faire travailler leurs enfants. Mais pour ces organisations qui considèrent ces enfants comme « le futur de chaque nation », il est impératif d’éviter les pires formes de ce travail, d’en améliorer les conditions et de le jumeler avec l’éducation. D’après Gul Rehman, président du MLFP et de la WERWS, le seul moyen d’y parvenir est de mobiliser et d’impliquer tous les acteurs de la société, liés de près ou de loin à cette question - patrons, parents, syndicats, élus locaux, les enfants eux-mêmes, etc. -, dans l’éradication de ce fléau.
Des enfants pakistanais travaillent dans une échoppe / © FDH
Cette dynamique a permis d’entamer une réflexion d’envergure nationale. Une révolution dans ce pays où jusque dans les années 1990, le travail des enfants n’était pas un sujet qui retenait l’attention ; indifférence, apathie et cynisme prévalaient. Certes le gouvernement ratifie en 2001 la convention n°182 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui l’engage à prendre une action pour interdire et éliminer le travail des enfants, mais entre cette loi et la pratique, il existe un véritable fossé ! Par leurs multiples actions, le MLFP et la WERWS ont poussé le gouvernement à s’attaquer davantage au problème, mais elles ont surtout permis une prise de conscience collective et la création d’une alliance sociale.
En collaboration avec l’antenne pakistanaise de l’OIT, elles ont formé des comités d’inspection, préparé des questionnaires pour enfants, parents, patrons et instituteurs, et réalisé plusieurs études. Elles ont donc pu collecter des données concrètes et faire un état des lieux en identifiant les secteurs où le travail des enfants est le plus développé et ainsi élaborer, entre autres, des manuels pour les différents acteurs. Dans le cadre d’une grande campagne de sensibilisation et de mobilisation populaire, ce sont plus de 1500 personnes qui ont été formées lors de 60 sessions participatives. Chacun a pu échanger sur la base d’un manuel sur les questions de sécurité et de santé des enfants au travail par exemple. De cette manière les participants, tout en se confrontant aux revendications de chacun, sont amenés à prendre leurs responsabilités.
Mais le travail de ces organisations ne s’arrête pas là. En effet, les manuels sont ensuite distribués par le biais des chefs de communauté qui, par leur influence, constituent un excellent relais. De plus, elles effectuent un important travail pour pousser les organisations syndicales du pays à s’attaquer de façon plus radicale au problème. Ainsi le MLFP a fait beaucoup de lobbying no tamment auprès de ses membres, soit 152 organisations syndicales affiliées représentant plus de 200 000 travailleurs à travers le pays. Aujourd’hui, le nombre d’enfants qui travaillent reste élevé. Mais la situation a évolué : à l’origine défendue par quelques associations, cette cause est désormais reprise par un nombre toujours plus grand d’acteurs et s’étend à l’ensemble de la société.
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