Produire plus de riz, de meilleure qualité, à moindre frais, dans une optique de respect de l’environnement. Un défi impossible à relever ? Pas pour le Masipag, le partenariat paysans-scientifiques pour le développement [1], qui au terme de plus de vingt ans d’études et d’expériences est parvenu à apporter une réponse aux petits paysans philippins.
Le partenariat a concerné trois types d’acteurs. Les paysans eux-mêmes, par le biais d’associations paysannes, se sont impliqués au premier plan dans la démarche. Des scientifiques sont intervenus pour apporter une aide technique. Des organisations non gouvernementales philippines ont facilité l’organisation et la coordination. Ce riche partenariat a abouti à la mise en place de la Masipag Rice Technology [2], soit un nouveau type de culture et une nouvelle philosophie de vie.

- Les femmes, premières concernées par la nourriture, témoignent du bienfait de Masipag / © Masipag
Redonner aux paysans le dernier mot pour leur choix de culture
Au début des années 1960, le gouvernement philippin a lancé la révolution verte, entraînant des changements importants dans la structure de l’agriculture philippine. Les technologies introduites basées sur des variétés à haute productivité nécessitaient plus d’irrigation et un apport important de pesticides et autres produits chimiques. La hausse considérable de la rentabilité de la production agricole n’a cependant jamais permis aux 60% de petits paysans de couvrir ces nouveaux frais : l’endettement a frappé de plein fouet et la faim n’a pas disparu. La réduction drastique de la biodiversité a fait naître de nouveaux problèmes de santé tandis que les paysans ont perdu le contrôle de leur production car ils dépendaient des graines et des technologies.
Le réseau Masipag a décidé de donner aux paysans les moyens d’être à nouveau acteur de leurs cultures et non plus seulement bénéficiaires passifs de technologies. Les paysans ont stoppé l’utilisation d’engrais chimiques et ont commencé à replanter des variétés traditionnelles de riz. Ils ont ainsi évalué quelles étaient les plus appropriées aux différents climats et sols, et testé leur résistance aux nombreux pesticides utilisés dans tout le pays. En concertation avec les scientifiques, le choix s’est restreint aux variétés les plus productives et résistantes. Au fil des années, le nombre de paysans participant aux expériences s’est accru, renforçant ainsi les liens communautaires. L’initiative a pour l’instant largement fait ses preuves : meilleure productivité, baisse des frais de production, hausse de la biodiversité et donc des apports alimentaires. Elle vise donc à s’étendre.
Populariser par un film une nouvelle technologie pour tous
Philnet-RDI [3], le Réseau philippin des instituts de développement rural, est une des ONG impliquées dans le partenariat. Suite aux résultats concluants de ce nouveau mode de culture, Philnet-RDI a fait réaliser un petit film [4], sobrement appelé Masipag Rice Technology , qui vise à promouvoir cette technique. La narration ainsi que les sous-titres lors de témoignages de paysans philippins sont en anglais, ce qui permet une plus large diffusion [5] y compris à l’international. Le film est construit sous forme de reportage. Dans un premier temps, Philnet-RDI et Masipag Rice Technology sont expliqués. Puis des paysans des quatre coins du pays racontent leur expérience : pourquoi et comment ils ont participé à l’aventure, les étapes et les résultats qu’ils en ont tirés. Un petit paysan témoigne : « Nous avons assez de nourriture pour notre propre consommation, alors qu’avant, le riz manquait toujours. » Un autre couple affirme avoir doublé sa production, et être désormais capable d’envoyer ses enfants à l’école. Le documentaire, tout en mettant en avant les bénéfices de cette nouvelle technologie, reste toutefois lucide. La postproduction ou l’accès au marché sont les nouveaux défis à relever, ensemble.
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