« Où est l’Autre ? », récit du parcours de Christian Bricard

Après avoir été bénévole dans les bidonvilles de Nanterre, Christian Bricard est parti au Burkina Faso à l’âge de 23 ans comme volontaire pour Frères des Hommes. En ce début des années 70, il partait pour 28 mois comme responsable d’un programme alimentaire pour endiguer la famine qui sévissait.

La mission de Christian Bricard pour Frères des Hommes consistait à distribuer 37 000 repas par jour, à chercher les provisions et à faire les menus, sans perdre de vue la gestion du personnel et des finances. A son retour, les responsabilités et la culture africaine laissent place à la confusion et à la recherche de son propre engagement.

Comment as-tu vécu le décalage au retour ? Après avoir passé 8 mois à Gorom-Gorom avec des gens qui meurent, à côté d’un camps de réfugiés et en dormant sur le toit des véhicules pour avoir un peu d’air, j’étais complètement paumé. Certains soirs, nous nous endormions avec 45 personnes dont une partie ne passaient pas la nuit... Alors, de retour en Europe et après avoir vu ce qui se fait là-bas avec peu de moyens, mais toujours avec le sourire, c’était la grosse déprime. J’avais besoin de m’occuper et, heureusement, des copains m’encouragèrent et je suis retourné à Frères des Hommes où j’ai continué à être bénévole.

Comment as-tu rebondi ? J’ai mis 1 mois ou 2 pour prendre une décision et j’ai choisi de m’occuper des plus pauvres en France. Avec l’expérience des bidonvilles à Nanterre et celle du tiers monde ensuite, j’avais beaucoup appris et, avec mon épouse, nous avons dirigé une maison d’enfants à Megève pendant 5 ans. Parallèlement, je suis devenu visiteur de prison et, avec le procureur de la République, nous faisions venir des jeunes majeurs en insertion dans le centre de Megève.

Comment ton engagement a-t-il perduré ensuite ? A 40 ans, je m’occupais de la prison et j’étais maire de la commune, mais je voulais passer à un autre stade et un soir j’étais au « cul du camion », en tant que bénévole aux Restos du cœur, et j’ai entendu qu’ils montaient « la péniche du cœur ». Après divers rendez-vous, j’ai été embauché pour mettre en place le projet et pour gérer l’activité de ce centre d’hébergement d’urgence pour SDF.

Puis, quelques années plus tard, le Samu social de Paris m’a demandé de réfléchir à un projet de centre pour SDF. J’ai signé un contrat d’1 mois, puis d’1 an… c’était il y a 10 ans. Aujourd’hui, je viens d’arrêter mon travail rémunéré et je démarre un autre travail de volontaire entre l’association AIDES et la prison, pour accompagner les personnes malades du sida et faire de la prévention en prison.

Qu’est-ce que ton expérience africaine et ton engagement t’apportent au quotidien ? En Afrique, j’ai appris le « ça va aller », pour prendre du recul. Mais depuis le début, je crois que c’est une préoccupation de « où est l’Autre » ? Quand tu as un monsieur en grande précarité qui s’en sort, tu te dis que tu as tout gagné. Depuis des années, j’ai travaillé avec nombre de jeunes, devenus salariés, et certains ont repris des études. Quelques-uns sont devenus éducateurs ou assistantes sociales, d’autres infirmières, 2 sont devenus cadres aux Petits Frères des Pauvres. C’est réconfortant et encourageant.

Cet article est paru en décembre 2010 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.
Mise à jour: mercredi 6 juillet 2011

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