Nouvelles de l’Inde à l’Europe

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Des nouvelles... A la fin du mois de janvier 2008, Manu et Brenda nous envoyaient de leurs nouvelles. Ils étaient alors en Roumanie, et partageait avec nous le début de leur voyage.

Un voyage et des échanges enthousiasmants
Cela fait maintenant déjà trois mois et demi que nous sommes partis et nous découvrons tous les jours un peu plus ce monde souvent mal considéré (par la société et par les politiques) qu’est le milieu agricole. Pourtant, ce sont ces artisans de la nature qui permettent à tout à chacun de manger tous les jours, et qui entretiennent nos paysages. Beaucoup d’entre nous connaissent les problèmes relatifs à ce milieu (accès à la terre, pérennité des exploitations,…) mais très peu connaissent les enjeux auxquels les paysans sont confrontés, la vie et les combats qu’ils mènent au quotidien. De l’Inde à la Roumanie (où nous sommes actuellement) ce sont à chaque fois dans des contextes bien différents que la population fait face aux nouvelles règles du jeu imposées par la mondialisation. Face à cela, certains citoyens ont choisi de se mettre ensemble pour constituer des forces de propositions adaptées à chaque pays. Lorsque ce n’est pas le cas, ils ont bien du mal à se faire entendre ou tout simplement à comprendre ce qu’il se passe dans les hautes instances. Nous avons ainsi pu rencontrer des paysans sans-terre qui ont réussi à se faire entendre ensemble et pacifiquement en Inde, et des paysans qui ne veulent plus se mettre ensemble en Roumanie (par peur de retourner dans un phénomène de collectivisation, résultat du traumatisme post communiste). Partout l’action citoyenne a une importance capitale pour l’avenir de chacun. C’est pour en témoigner que nous réalisons ce projet. Beaucoup de surprise nous attendent encore pour les prochains mois de ce « road trip ».

Janadesh
Nous avons commencé notre périple par ce pays mystique qu’est l’Inde. Le premier mois à surtout été consacré à la grande marche « Janadesh », une des campagnes dans laquelle Frères des Hommes était très impliquée depuis plus de deux ans avec son partenaire de longue date, Ekta Parishad. Durant un mois cette marche de paysans s’est étalée sur près de 350 km foulant la route national en direction de la capitale pour demander au gouvernement l’application de la réforme agraire votée il y a… 60 ans, lors de l’indépendance en 1947. Cela a été pour nous un moment très fort de notre voyage. La détermination de ces paysans de l’ombre (ils sont pour la plupart de la caste des intouchables) était sans relâche. Avec le soutien de la communauté internationale venue d’Afrique, d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, ainsi qu’un suivi médiatique national et international important, ces « sans voix » ont réussi à se faire entendre. Une première étape vers la vraie indépendance de l’Inde, espérons-le. C’est aussi un exemple de plus pour le monde entier que l’union, dans la paix, fait la force.

Visite dans le village de Bankey Bazar
Suite à cette marche, nous sommes allés dans le village de Ram Lakhan, un travailleur social intouchable, à Bankey Bazar dans le Bihar, un état du Nord Est de l’Inde, près du Népal. Cela nous a permis de voir comment vivent au quotidien certains des marcheurs croisés pendant la marche Janadesh. C’est aussi le moment où Georges et Jean-Yves, journalistes de France 3 ont choisi pour venir s’intéresser à la situation des paysans sans terre indiens. Grâce à eux, cette semaine fut particulièrement enrichissante. Pour comprendre comment vivent ces populations « oubliées », nous sommes allés quelques jours dans un petit village bihâris, près de Bankey Bazar loin des villes, accessible seulement à pied ou en vélo. Les populations qui y vivent sont entièrement occupées par l’agriculture de subsistance. Les plus riches vendent une partie de leur lait au marché de Bankey Bazar. Pour les paysans sans terre, une des activités principales est d’aller dans la forêt à 10 km de là pour y chercher du bois et le vendre sur le marché. Il est ensuite utilisé pour faire des toits et diverses autres constructions. Officiellement, cela est interdit car les forêts sont protégées. Ils ont le droit de collecter seulement le bois mort le samedi et le dimanche. Cette activité étant la seule source de revenu pour beaucoup et à des fins de survis, ils bravent les interdit en coupant les branches encore en place. Les plus pauvres d’entres eux y retournent aussi en semaine. C’est ainsi qu’on peut voir tôt le matin un défilé de tas de bois de plus de 30 kg sur les têtes des vieillards et des femmes qui ont parcouru plus de 10 ou 20 kms. L’espérance de vie dans ces villages est très faible. Malgré ces conditions de vie extrêmes, ce sont ces populations qui ont foulé 350 km de bitume à 25 000 afin d’obtenir la reconnaissance de leurs droits aux ressources naturelles.

A la découverte d’un nouveau partenariat
Retour à la gare pour la prochaine étape. Nous allons maintenant en direction du sud de l’Inde dans le territoire de Pondichéry où une association de développement local nous attend. Après plus de deux jours de train nous y sommes arrivés. L’INDP est une organisation créée par Augustin Brutus, un ancien membre de Frères des Hommes qui est retourné dans son pays pour aider les populations les plus démunies. Cette rencontre a été très intéressante pour nourrir notre réflexion sur la notion de partenariat actuelle telle que l’entendent certaines ONG ou institutions des pays occidentaux. S’il fallait retenir une réflexion de lui, elle serait la suivante : « pour beaucoup d’organisations des pays occidentaux, le partenariat se fait ainsi : vous (les occidentaux) êtes les cerveaux et les porte-monnaie et nous sommes les mains qui ne sont souvent bonnes qu’à écouter les cerveaux, quitte à répéter vos erreurs. Est-ce cela le partenariat ? Mais à quel moment le partenariat va dans l’autre sens ? A quel moment vous écoutez ce que nous avons à vous apprendre ? ». Cette phrase résume très bien ce que nous sommes venu chercher. En France et en Europe, on sait que notre système de développement à trouvé ses limites. Malgré cela, nous tentons d’imposer notre mode de développement à ces populations. Mais à quel moment les avons-nous écoutés, eux et leurs besoins ? Ce que nous retenons principalement de cette rencontre est que dans un pays dit « démocratique » comme le notre, nous nous devons de connaître un minimum les autres pays du Nord comme du Sud devenus tous voisins par la mondialisation. Notre pouvoir de citoyen n’est plus national mais international. C’est pourquoi il est important de s’informer sur ce qu’il se passe ailleurs, y compris pour en prendre exemple, et y compris dans les pays du Sud.

L’Iran au-delà des préjugés
Après ces quelques jours passés dans le Sud, nous sommes montés sur Bangalore pour y prendre un avion direction Téhéran, la capitale de l’Iran. N’ayant reçu qu’un visa de transit, nous ne sommes resté qu’une semaine dans ce pays. Pour dire juste quelques mots sur ce magnifique pays, les gens nous ont accueilli les bras ouverts malgré la barrière de la langue (très peu d’habitants parlent anglais) et de l’alphabet (même les chiffres étaient différents des nôtres). Ils sont aussi très ouverts d’esprit et curieux de ce qu’il se passe à l’étranger. Je vous invite à consulter notre blog pour en savoir plus (particulièrement sur la condition des femmes : labelleaventure.uniterre.com). C’est simple, nous n’avions rien vu de ce que ce que l’on peut entendre parler par rapport à l’Iran et c’est un pays dont nous ne connaissons rien ou presque,…dommage, il y a tant de choses à découvrir ! Le plus dommage peut être est que nous n’avons pas réussi à rencontrer d’organisations paysannes. Peut être que ce sera l’objet d’un autre projet ? Qui sait ? C’est un pays qui a fortement éveillé notre curiosité. Paysans turcs et brésiliens, un même combat Après Téhéran puis Tabriz, au nord-ouest du pays, près de la frontière turque et après 36 heures de bus, nous sommes arrivés à Izmir, à l’ouest de la Turquie. Nous y sommes allés pour rencontrer Abdullah, leader de la fédération des syndicats agricole turque membre de la Vía Campesina, une organisation internationale de paysans. Le 9 décembre 2007, une manifestation symbolique se déroulait devant une multinationale d’OGM dans la zone industrielle d’Izmir. Leur objectif était d’apporter leur soutien aux paysans sans-terre brésiliens, assassinés quelques mois plus tôt sûrement en raison de leur opposition aux cultures d’OGM. Une fois encore, la parole des paysans a été étouffée. Il était aussi intéressant pour nous de participer à cette manifestation car nous avions interviewé à ce propos deux Brésiliens membres du MST lors de la marche en Inde. Cette occasion nous permettait alors de créer un lien entre ces trois pays et montrer que certaines problématiques nous concernent tous. L’histoire des syndicats turcs est aussi intéressante car très récente. Cela fait seulement quatre ans qu’ils existent ! Ce n’est que depuis que les OGM, par exemple, commencent à se faire connaître. Du fait du manque de structure de communication actuelle (syndicats, ONG, institutions,...) et du manque de formation, ce sont bien souvent des paysans manquants de perspectives d’avenir que nous avons rencontré. Ainsi, la Turquie qui était un des principaux et des meilleurs producteurs de coton, s’est retrouvée très peu compétitive par rapport au coton subventionné américain. Les paysans ne sont pas organisés et très peu informés. Ils n’ont donc pas pu faire face à cette concurrence très forte. Heureusement, les organisations paysannes ont de plus en plus d’influence sur la fixation des prix de leurs produits. Les négociants doivent de plus en plus passer par les syndicats professionnels (organisés en secteurs de production) pour acheter leurs produits : les agriculteurs sont ainsi un peu moins vulnérables. Parfois, il y a aussi un soutien juridique qui est apporté lors des nombreux conflits qui arrivent entre les négociants et les agriculteurs. Si la situation ne changera pas du jour au lendemain, les paysans impliqués dans ces organisations sont pleins d’espoir et d’initiatives qui devraient, c’est à souhaiter, améliorer la situation.

Vers l’Europe de l’Est, à suivre !
Izmir, Istanbul, Késan,…et c’est à présent le tour de Sofia la capitale de la Bulgarie. C’est le moment des fêtes de fin d’années. L’occasion aussi de fêter le passage à l’année 2008 et à plus forte raison fêter la fin de la première moitié du projet. Il est l’heure de faire le point. Il nous reste sept pays à visiter avant d’arriver en France (Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Pologne, Allemagne, Pays Bas, Belgique puis…retour à la maison). Deux mois nous paraissent bien courts pour approfondir nos rencontres et nos recherches sur chaque pays. Nous décidons donc de passer les fêtes et d’aller directement en Roumanie. Nous devrions aussi passer environ une semaine dans chacun de ces pays. Au moins deux semaines seront consacrées à la Pologne compte tenu de la qualité des contacts que nous avons sur place et de la richesse de leur histoire citoyenne. Déboussolés et incertains face à l’avenir, c’est ainsi que nous avons ressenti les paysans rencontrés en Roumanie. Moins de 20 ans après la chute du communisme, ce pays doit adapter ses infrastructures, ses lois et sa population à une politique libérale par définition opposée à la précédente. De plus, il n’y a pas, pour le moment, de politique stable dans le pays car les ministres changent très souvent (quatre ministres de l’agriculture l’an dernier). C’est un pays en pleine transition. C’est aussi un pays qui nous a offert de très riches rencontres avec des politiciens, des professeurs d’université, des étudiants, des paysans ou des vétérinaires. Autant de personnes qui nous on fait découvrir l’étendu du travail qu’il y a à fournir en terme de développement, mais aussi les qualités énormes qu’ils ont. C’est un pays qui possède une des meilleures terres du monde.

Notre expérience est riche en surprises et en rencontres. Elle nous permet d’alimenter nos réflexions tant au niveau du développement durable et de la solidarité internationale qu’au niveau de l’importance de la citoyenneté à travers le monde. Le fait d’avoir participé à la marche indienne et de voir que ces paysans ont, avec rien d’autres que de la détermination et du temps, réussi à faire avancer leur cause nous a donné beaucoup d’énergie pour affronter l’avenir. J’espère que ces quelques phrases vous permettront de ressentir un échantillon de ce que l’on vit et de ce que l’on veut vous faire partager.

Nous rentrons d’ici la fin mars. A bientôt, Brenda et Manu

Mise à jour: vendredi 5 septembre 2008
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