Niger - L’artisanat redonne aux femmes toute leur place dans le développement de leur pays.

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Cet article est paru en janvier 2008 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

Du 1er au 10 décembre dernier s’est tenu dans le petit village de Wadata au Niger la cinquième édition du Salon de l’artisanat pour l’émancipation de la femme, le Safem [1]. Organisé pour la première fois en 2000 à l’initiative de quelques femmes nigériennes actives et audacieuses, ce salon place les femmes comme actrices dans le processus de production, et comme levier économique indispensable au développement local du Niger.

Offrir des débouchés nationaux à l’artisanat local

Une femme rurale de Maradi derrière son stand de tissus africains / © Aïchatou Boulama

Chaque édition est dédiée à une région spécifique du Niger et cette année, c’est la région de Maradi, au Sud du pays, qui a été mise à l’honneur. Avec plus de 100 000 visiteurs accueillis pendant 10 jours, 16 pays africains invités et plus de 500 exposants installés sur 216 stands, le Safem 2007 a été un événement largement suivi. On y trouvait des stands d’orfèvrerie, de tissage, de tannage, de vannerie, mais aussi des stands alimentaires à base des produits locaux tels que le mil, le riz, le sorgho, le fonio. Parmi les expositions les plus attrayantes, figurait « La chambre de la mariée moderne » dont les objets ont été confectionnés par trente femmes nigériennes, sous la houlette de deux designers français. Un imposant défilé de mode a été présenté sur des musiques nigériennes et africaines, mettant en lumière des vêtements modernes inspirés de la tradition.

Témoignage de la diversité des peuples qui fondent la société nigérienne, les différentes formes d’artisanat sont pratiquées avec dextérité par nombres de femmes qui ont hélas du mal à vivre de leurs talents. Le Safem a été élaboré dans le but de valoriser leur travail en leur offrant des débouchés : « Tout a commencé au début des années 1990, à la suite d’un projet de développement initié par le Luxembourg auquel je participais, dont l’action portait sur l’aide et le soutien aux artisans nigériens », nous confie madame Aïchatou Boulama, la coordinatrice du Safem. « Nous avions constaté que les artisans ne parvenaient pas à vivre de leur travail parce que les Nigériens ne consommaient pas les produits locaux. Les femmes sont les prescriptrices de la consommation des ménages, nous avons donc décidé d’en faire notre cible principale. » Ces dernières ont la capacité d’influencer largement le mode de consommation de la société nigérienne et d’influer ainsi sur l’économie locale. C’est donc sur elles que parie le Safem, qui loin de réduire les femmes à des consommatrices, leur donne également une place de productrices.

Les femmes au premier plan du développement local

Le chemin a été particulièrement long et parsemé d’embûches pour Aïchatou Boulama, ainsi que le groupe de femmes actives auquel elle appartenait : « Nous étions une vingtaine de femmes à lancer la première édition du Safem en 2000, poursuit-elle, l’année d’après nous sommes devenues une centaine. Ensemble nous sommes parties à la rencontre des responsables politiques et des chefs d’entreprises qui importaient leurs produits de Chine, pour les sensibiliser à consommer les produits locaux. Nous avons également invité les pays de l’Afrique de l’Ouest à se joindre à nous. » Ces rencontres ont permis de remettre la question de la production, mais aussi de l’accès au marché, au cœur des débats sur le développement économique. Petit à petit, le Safem a réussi à se faire entendre. Aïchatou Boulama raconte : « Nous ne disposions à cette époque que du soutien financier de la coopération luxembourgeoise et de l’Union européenne. L’Etat nigérien ne nous a pas aidées au départ. Mais nous avons poursuivi nos efforts qui ont au bout du compte porté leurs fruits. » En 2007, le gouvernement nigérien a décidé d’apporter son soutien à l’événement et la femme du président de la république a parrainé le salon. Le Safem est désormais institutionnalisé et fonctionne en structure autonome. Autant de signes qui prouvent que le Salon, en proposant aux femmes un rôle clef dans le développement local du Niger, a vu juste. Les organisatrices du Safem souhaitent maintenant inciter les artisanes à confectionner des produits exportables, donc susceptibles d’intéresser le visiteur ou l’acheteur étranger.

A lire également :
Résonances Africaines N° 20 - Janvier 2008

Mise à jour: mardi 15 janvier 2008
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[1] Safem - www.safem.info - safem@intnet.ne > Contact : Aïchatou Boulama