Népal - Jagat Basnet, initiateur du mouvement des sans-terre se bat pour la justice agraire

impression
Cet article est paru en mars 2007 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

Jagat Basnet est le directeur du CSRC [1], organisation népalaise qui œuvre pour le droit à la terre et recherche la mobilisation sociale afin que des réformes agraires soient mises en place au niveau du gouvernement. Fervent et virulent défenseur des plus démunis, Jagat nous raconte son parcours.

Malgré son air détendu, Jagat Basnet mène un combat sans relâche / © CSRC

Jagat, veux-tu nous dire quelques mots de ton histoire ?
Je suis né à Sindhupalchok, un village isolé dans la région de Katmandou au Népal. Je viens d’un milieu très pauvre, mes parents étaient fermiers. Jusqu’à mes 12 ans, je suis resté à la maison pour m’occuper de mes petits frères puis un jour, un de mes grands frères, qui était professeur, a suggéré à mes parents de m’envoyer à l’école. Très heureux de pouvoir étudier, je suis donc allé à l’école primaire puis au collège malgré les longues heures de marche quotidiennes pour m’y rendre. Cette période a été difficile car je devais également m’occuper des tâches ménagères. Mais j’ai réussi toutefois à obtenir le SLC [2].

As-tu continué tes études après le collège ?
Je n’ai pas pu continuer faute de moyens financiers, et me suis mis à chercher un travail. J’ai travaillé dès lors pour l’ONG Actionaid Népal en tant que professeur d’alphabétisation pour les femmes de mon village et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à être sensibilisé par diverses discriminations, liées notamment aux castes ou à la classe sociale. Je me suis alors beaucoup investi dans le village et j’ai monté des programmes d’éducation populaire autour du droit des femmes, des enfants et des pauvres. Après quelques années à œuvrer contre les discriminations au sein de mon village, j’ai créé en 1993 le CSRC, une organisation luttant pour le droit à la terre.

Tu es engagé dans un combat très important. Quelles sont tes motivations dans cette lutte pour le droit à la terre ?
La pauvreté est une menace pour la paix et la justice dans mon pays. Beaucoup de paysans sont illettrés et se font piller leurs terres et exploiter par les grands propriétaires terriens. Ces personnes n’ont aucun moyen de subsistance, cultivent mais n’ont rien à manger. Leurs enfants traînent dans les rues et leurs filles sont vendues en Inde. Voilà pourquoi je me suis engagé, je pense vraiment que les réformes agraires sont la solution à toutes ces injustices.

Quelles sont tes meilleures armes ?
Depuis son existence, le CSRC a déjà aidé 15 000 paysans à obtenir une terre. Ceci constitue pour moi une très forte motivation et donc une arme. Ensuite, ce qui fait la force de notre organisation c’est que les prises de décisions se font de manière démocratique, avec transparence et réactivité, dans une approche participative intégrant aussi bien les hommes que les femmes.

Comment se passent les relations avec les autorités népalaises ?
Ces autorités représentent majoritairement les classes moyennes et élevées, elles n’agissent donc pas en faveur des plus démunis. 5% des grands propriétaires terriens possèdent 37 % de la surface cultivée totale, tandis que 47 % des foyers agricoles n’en détient que 15 %. Les grands propriétaires sont très liés au gouvernement et la redistribution des terres est difficile à négocier car elle ne va pas dans le sens des intérêts des plus riches. Il existe donc une forte opposition à réformer le système agraire.

En tant que militant pour le droit à la terre, quelles sont tes craintes, tes désirs, tes espoirs ?
Mes craintes ? Les actuels partis politiques qui ne se soucient pas des paysans et ne croient pas en la nécessité des réformes agraires pour le développement de notre pays. Mes désirs ? Garantir les droits basiques à chaque individu et les aider à s’organiser pour revendiquer ces droits. Quant à mes espoirs ? Évidemment une société sans pauvreté ni souffrance…

A lire également :
Résonances Asiatiques N° 12 - Mars 2007

Mise à jour: dimanche 18 mars 2007
Cet article est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons
Creative Commons License

[1] Community Self Reliance Centre (Centre pour l’autonomie des communautés) - www.csrcnepal.org - jagatb@csrcnepal.org > Contact : Jagat Basnet

[2] School Leaving Certificate (équivalent du BEPC)