« Non à l’extension de vos filets sur nos côtes ! » Tel est le cri lancé par les pêcheurs de la baie de Chismuyo, au sud du Honduras, aux industriels de la crevette toujours plus envahissants et dont les activités sont dévastatrices pour l’écologie. Cette prise de conscience environnementale n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le prolongement logique de la campagne d’éducation menée par le Comité de défense et de développement de la faune et la flore du golfe de Fonseca (CODDEFFAGOLF) [1]. Depuis sa création en 1988, l’association hondurienne a formé la population à la valeur des ressources naturelles et à l’importance de leur conservation. Ces hommes et femmes peuvent alors se mobiliser et obtenir gain de cause : les pêcheurs de Chismuyo ont finalement pu sauver la mangrove locale ainsi qu’une faune marine et forestière vitale pour l’écosystème local.

Bénéficiant du soutien des mairies des localités concernées, du gouvernement et des ONG, le programme a pris le pari de mobiliser les pêcheurs et agriculteurs locaux sur les problèmes écologiques et sur le rôle de l’homme dans ce mécanisme. Car les Honduriens sont depuis plusieurs années aux premières loges d’un dérèglement climatique dont nous, Européens, commençons à sentir les prémices avec un mois de janvier 2007 printanier. En 1998, l’ouragan Mitch traverse le pays. Bilan : plus de 5 550 morts, 12 000 blessés et des centaines de milliers sans toit. Bien que le pays ait davantage été victime que responsable de ces dérèglements, le comité promeut « une utilisation rationnelle des ressources naturelles » comme le souligne Jorge Varela, directeur de l’association.
Le programme cible trois types de populations : les enfants, les jeunes et les adultes. Ainsi, les petits Honduriens sont accueillis dans des Clubs juvéniles environnementaux [2] où des instituteurs du réseau des maîtres, fondé par l’organisation, leur apprennent à recycler le papier, gérer les déchets organiques et planter des arbres. Les adolescents et les adultes sont quant à eux conviés à des séminaires, forums et ateliers animés par le personnel technique de CODDEFFAGOLF au sein de son Centre de formation et d’éducation environnementale [3]. En 2006, les 1133 bénéficiaires ont ainsi pu être sensibilisées aux problèmes éthiques et environnementaux comme à la conservation des sols. Ils ont aussi été formés à l’assainissement solaire de l’eau et à la fabrication d’engrais organiques.
Parce que la formation va de pair avec l’information, tous les dimanches matins l’association a aussi sa propre émission sur Radio Paz, la radio régionale. De 8 heures à 9 heures, elle aborde la thématique environnementale et permet aux auditeurs de dénoncer les problèmes écologiques dont ils sont victimes. De plus, chaque mois, les grands quotidiens nationaux publient des articles liés à la protection de l’environnement rédigés par des membres du comité de défense. Cette éducation environnementale porte ses fruits. En 2000, l’association, soutenue par la population du golfe de Fonseca, obtient du congrès que les dix zones composant le territoire soient officiellement reconnues zones protégées. L’Etat comprend que la protection de l’environnement n’est plus à reléguer au second plan des politiques du pays et cède ainsi devant les revendications écologiques de son peuple. Quand la prise de conscience environnementale débouche sur un combat politique citoyen, CODDEFFAGOLF peut alors se réjouir du chemin parcouru en 20 ans.
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Résonances Latino-Américaines N° 10 - Janvier 2007









