Du 2 au 20 octobre dernier, l’autoroute nationale reliant Gwalior à Delhi a conduit sur 350 km un mouvement non violent unique : la Chetawni Yatra [1], où 400 paysans et militants indiens de 10 états différents ont manifesté pour récupérer leurs terres. Le point d’orgue de cette mobilisation : un sit-in d’une journée dans la capitale Delhi réunissant 1500 personnes, et la remise d’un mémorandum au Premier ministre. Cet événement marque le coup d’envoi de la campagne nationale Janadesh 2007 [2] initiée par l’organisation indienne Ekta Parishad [3], habituée à organiser des padyatras [4]. Ce grand rassemblement prévu en octobre 2007 verra 25 000 personnes porter sur 350 km les revendications de plus de 100 000 paysans soucieux de faire pression sur les dirigeants pour qu’ils respectent leurs engagements de redistribution de la terre.

Ces hommes et femmes, majoritairement des « dalits » [5] (intouchables), ne demandent qu’une chose : une terre. D’une part, cela leur permet de travailler et ainsi, de gagner normalement leur vie. D’autre part, posséder un terrain incite ces paysans à rester dans leur village, freinant le cruel exode rural qui pousse trop d’agriculteurs désenchantés à s’entasser dans des taudis aux abords des métropoles. Enfin, justice économique est rendue aux exploitants car la sécurité apportée par un terrain dont ils sont propriétaires réduit leur dépendance à des groupes armés. Bien souvent, en effet, ces factions profitent de leur vulnérabilité en les asservissant dans leurs milices.
Le soutien apporté à cette marche aura été grandissant. Comme le souligne Pradeep, le coordinateur du NCCL, « les habitants ont réservé un accueil chaleureux aux manifestants, organisant dans nombre de villes et villages, tels que Morena et Agra, des rassemblements pour faire part de leurs problèmes ». Les marcheurs peuvent alors se reposer et collecter les doléances de leurs concitoyens dans un cahier qu’ils remettront un an plus tard aux autorités. Lors de ces haltes, Rajagopal, président d’Ekta Parishad, a pu interpeller des politiciens locaux mais aussi nationaux de tous bords sur les griefs de ces paysans sans terre. Car ces derniers se sentent trahis par une majorité politique qui continue malheureusement d’ignorer leur condition.
Dans ce combat, les femmes agricultrices ont une place de choix. En Inde, elles luttent avec acharnement et dignité pour conserver des terres souvent ancestrales. De plus, les paysannes souffrent d’un manque de considération dans la société indienne alors qu’elles représentent plus de 70% de la population rurale. Si la revendication principale de la padyatra est l’accès à la terre, pour les femmes le combat porte aussi sur la reconnaissance de leur statut. La « Journée de la femme et de la terre » organisée le 7 octobre par les 100 femmes du cortège a ainsi permis d’ouvrir ce débat.
La Chetawni Yatra aura été un challenge difficile à relever. Ekta Parishad a vraiment pris la mesure de tous les détails logistiques (eau, nourriture, couchage) à régler pour gérer quotidiennement une marche de 25 000 personnes. Néanmoins, les centaines de participants de la Chetawni Yatra ont surmonté les obstacles qui leur barraient la route : la compréhension d’une langue différente pour certains, les habitudes alimentaires pour d’autres, voire l’âge pour quelques uns. Ainsi, une vieille femme à qui on proposait de suivre la marche en Jeep déclina l’invitation : « C’est mon combat, je vais marcher. » Forte d’un tel enthousiasme, l’ONG sait à présent qu’elle peut compter sur le soutien de milliers d’Indiens pour préparer Janadesh 2007 dans les meilleures conditions.
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Résonances Asiatiques N° 9 - Décembre 2006









