Les paysans indiens de Janadesh, acte II : Bats-toi et gagne !

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Cet article est paru en novembre 2007 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

A grands pas en direction de la capitale, les paysans crient haut et fort : « Hal karo, bhai, hal karo, zameen ki samasya hal karo » (Sauvez, s'il vous plait, sauvez le problème de la terre) / © Jean-Pierre Dardaud FdH. A grands pas en direction de la capitale, les paysans crient haut et fort : « Hal karo, bhai, hal karo, zameen ki samasya hal karo » (Sauvez, s’il vous plait, sauvez le problème de la terre) / © Jean-Pierre Dardaud FdH.

“L’eau, la forêt et la terre doivent appartenir au peuple !” Ainsi ordonnent durant Janadesh ( jan = gens, adesh = ordre, injonction) les 25 000 paysans sans terre au gouvernement indien en marchant sur la route nationale 3 en direction de Delhi. Des paysans de 11 tribus indiennes se sont réunis et se sont mis en marche le 2 octobre à Gwalior pour arriver le 28 octobre dans la capitale. 350 km à pied, souvent sans chaussures, sous 39° et sur l’asphalte brûlant. Les manifestants vont jusqu’au bout de leur force pour exprimer leurs besoins. Il n’est pas rare de voir des cas d’évanouissement [1]. Une image bouleversante de « la violence de la pauvreté », rapporte Jean-Pierre Dardaud [2], d’autant que les plus pauvres n’utilisent finalement que des moyens non-violents pour atteindre leur but : une réforme agraire. Et en effet, le gouvernement indien a annoncé le 29 octobre la mise en place d’une commission nationale de la terre sous l’autorité du Premier ministre.

Une journée en route…

Les paysans et militants indiens sont venus en train, en bus ou même à pied pour rejoindre l’acte II de Janadesh. L’acte I s’est déroulé il y a exactement un an, quand 400 manifestants ont parcouru le même chemin [3]. En effet Ekta Parishad, ONG indienne, Frères des Hommes et d’autres associations ont préparé et soutenu la marche pendant près de deux ans. Un événement d’une telle dimension ne s’organise pas du jour au lendemain : il faut rassembler des milliers de personnes, barrer deux voies de la RN 3, prévoir des camions qui apportent de la nourriture et des soins médicaux... « Les manifestants se sont tous équipés d’un drapeau vert et blanc, couleurs de Ekta Parishad, et d’un badge avec leur coordonnés personnelles », a observé Luc, sympathisant FdH, participant à la marche. Il est également impressionné par le calme et l’organisation de la file interminable constituée par les paysans en marche. La discipline sur la route correspond tout à fait à l’esprit des marcheurs, qui ne se battent « qu’avec leur volonté, inspirée par la force de Satyâgraha [4] de Gandhi », commente K.N.Subbha Rao, président du projet national des jeunes.

Cette force et cet enthousiasme s’expriment aussi dans leurs chansons et leurs danses sur la route. Il règne une atmosphère pleine d’énergie et d’espoir : pour beaucoup de marcheurs, dont 40 à 50% de jeunes et de femmes, « Janadesh est la dernière chance pour sortir de la pauvreté extrême », raconte Ana [5], membre du MST au Brésil. Quant à la nourriture, il n’y a qu’un seul repas par jour, fourni par plusieurs camions. L’eau est distribuée depuis 48 citernes, une pour 500 marcheurs. « Des citernes remplies 2 ou 3 fois par jour, sans frais : paysans et villageois le long de la route montrent leur soutien à Janadesh en permettant l’accès libre à leurs puits », rapporte Jonathan Weedon, volontaire écossais auprès d’Ekta Parishad.

« La prison ou la terre ! »

La prison ou la terre ! chantaient le 29 octobre les 25 000 participants qui étaient arrivés à Delhi et qui s’y trouvaient encerclés par la police dans leur campement de Ram Lila Maidan, et ainsi empêchés d’atteindre le Parlement. Rajagopal, leader du mouvement Ekta Parishad, a scellé le même jour le victoire de la marche en signant un texte politique avec le ministre du Développement rural annonçant la création de la commission nationale de la terre. En chantant et dansant, les marcheurs ont commencé à remplir les trains du retour… Mais ils rentrent pleins de motivation et d’envie de continuer, un des plus grands résultats, selon Ana. Et l’Inde en a besoin, car la lutte n’est pas encore terminée. Acte III ? La réforme agraire exigée depuis 60 années reste à atteindre. Jusqu’à ce moment, la devise de Rajagopal reste d’actualité : Bats-toi et gagne !

« Le soir nous restons avec les marcheurs, tout le monde fait la fête, c’est impressionnant. Quelques-uns nous demandent de les filmer, 30 secondes après, ils sont une trentaine et nous réalisons une prouesse chorégraphique, personne n’en croit ses yeux. C’est partout une incroyable fête, c’est un des moments les plus intenses que nous ayons vécu dans notre petite vie », raconte Manu, membre de FdH, le soir du 29 octobre, après la signature du document.

A lire également :
Résonances Asiatiques N° 18 - Novembre 2007

[1] On déplore même quatre morts d’épuisement et trois décès lors d’un accident de camion

[2] Jean-Pierre Dardaud est président de Frères des Hommes, il a participé pendant quelques jours à la marche

[3] Voir Résonances décembre 2006

[4] Satyâgraha, pouvoir de la vérité

[5] Voir l’interview d’Ana Châ dans la rubrique rencontrer p8

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Mise à jour: lundi 19 novembre 2007
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