C’est l’une des plus odieuses manifestations des discriminations auxquelles doivent faire face les intouchables (dalits) en Inde. Dès l’âge de 3-4 ans, les petites filles intègrent un temple pour y apprendre à danser et à « satisfaire les hommes. » Leur calvaire s’intensifie à la puberté lorsqu’elles doivent se produire dans des festivals ou directement pour des personnes de hautes castes (avec faveurs sexuelles à la clé…). Selon, Vijay Kumar il s’agit « d’un problème d’ignorance, lié au manque d’éducation en zone rurale [...]. Les gens pensent que leur famille sera maudite si une femme quitte le système devadasi. » D’où la nécessité d’informer les populations sur les droits des devadasi !
Depuis sa création en 1995, MESRO a déjà aidé plusieurs centaines de femmes. Mais aujourd’hui, l’ONG doit faire face a une nouvelle réalité : l’avenir incertain des enfants devadasi. Pour Adilakshmi, la question des enfants reste cruciale : « J’ai toujours rejeté cette pratique et j’en veux encore à mes parents de m’avoir donnée il y a 14 ans. Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est prendre soin de mes enfants. » En effet, de par le statut de leur mère, les enfants ne sont jamais reconnus par les pères. Méprisés, marginalisés, ils ont encore plus de difficultés à s’en sortir : pauvreté, boycott social et illettrisme les attendent et rendent notamment les filles plus vulnérables à toutes sortes de discriminations, comme les trafics et mariages précoces.
Vijay Kumar a donc décidé en 1999 de créer une petite école-internat à Tirupathi, qui accueille ces enfants à plein temps. Aujourd’hui, 35 enfants âgés de 6 à 12 ans et de 6 niveaux scolaires différents bénéficient de cette scolarité.
Certes, tout y est très rudimentaire : pas de tableaux ni de pupitres et très peu de livres. Les dons privés collectés pour financer cette structure ne suffisent pas. Et le gouvernement n’est pas favorable à soutenir cette école : ce serait reconnaître que le système des devadasi perdure. Il lui faudrait alors débloquer des fonds pour de très nombreux autres cas... Mais c’est sans compter sur a ténacité de Vijay Kumar qui se bat pour que les autorités locales prennent leurs responsabilités.
| Cet article est paru dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici. |












