Le destin des victimes du système devadasi

Bien qu’interdit sur tout le territoire indien depuis 1988, le système devadasi qui « dédie » des femmes à des divinités, perdure dans les zones rurales du pays. C’est notamment le cas en Andhra Pradesh où l’ONG MESRO aide des « esclaves saintes de l’Inde » à sortir de cette pratique. Mais pour Vijay Kumar, fondateur de l’association, les femmes dalits ne sont pas les seules à subir la discrimination de cette pratique : « Leurs enfants sont les victimes oubliées de cette idéologie. » Ainsi, avec le soutien de Fedina, partenaire de Frères des Hommes, MESRO se bat pour le respect des droits de ces femmes, mais aussi de leurs enfants.

C’est l’une des plus odieuses manifestations des discriminations auxquelles doivent faire face les intouchables (dalits) en Inde. Dès l’âge de 3-4 ans, les petites filles intègrent un temple pour y apprendre à danser et à « satisfaire les hommes. » Leur calvaire s’intensifie à la puberté lorsqu’elles doivent se produire dans des festivals ou directement pour des personnes de hautes castes (avec faveurs sexuelles à la clé…). Selon, Vijay Kumar il s’agit « d’un problème d’ignorance, lié au manque d’éducation en zone rurale [...]. Les gens pensent que leur famille sera maudite si une femme quitte le système devadasi. » D’où la nécessité d’informer les populations sur les droits des devadasi !

Depuis sa création en 1995, MESRO a déjà aidé plusieurs centaines de femmes. Mais aujourd’hui, l’ONG doit faire face a une nouvelle réalité : l’avenir incertain des enfants devadasi. Pour Adilakshmi, la question des enfants reste cruciale : « J’ai toujours rejeté cette pratique et j’en veux encore à mes parents de m’avoir donnée il y a 14 ans. Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est prendre soin de mes enfants. » En effet, de par le statut de leur mère, les enfants ne sont jamais reconnus par les pères. Méprisés, marginalisés, ils ont encore plus de difficultés à s’en sortir : pauvreté, boycott social et illettrisme les attendent et rendent notamment les filles plus vulnérables à toutes sortes de discriminations, comme les trafics et mariages précoces.

Vijay Kumar a donc décidé en 1999 de créer une petite école-internat à Tirupathi, qui accueille ces enfants à plein temps. Aujourd’hui, 35 enfants âgés de 6 à 12 ans et de 6 niveaux scolaires différents bénéficient de cette scolarité.

Certes, tout y est très rudimentaire : pas de tableaux ni de pupitres et très peu de livres. Les dons privés collectés pour financer cette structure ne suffisent pas. Et le gouvernement n’est pas favorable à soutenir cette école : ce serait reconnaître que le système des devadasi perdure. Il lui faudrait alors débloquer des fonds pour de très nombreux autres cas... Mais c’est sans compter sur a ténacité de Vijay Kumar qui se bat pour que les autorités locales prennent leurs responsabilités.

Cet article est paru dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.
Mise à jour: mardi 27 mars 2012

En images

Ce diaporama contient 9 images