La Bolivie des années 70, une expérience clef pour Michel Peyrat !

Envoyé comme volontaire pour Frères des Hommes de 1978 à 1981, Michel Peyrat avait 32 ans lorsqu’il a posé le pied en Bolivie. Là-bas, la mission qui lui était confiée, avec un autre volontaire, était de faire reconnaître la culture indienne grâce à la mobilisation et l’organisation des paysans quechuas.

Quel était ta mission en Bolivie avec Frères des Hommes ?

Avec Frères des Hommes nous souhaitions mettre en œuvre un projet d’éducation populaire, pour développer une conscience critique, essentielle pour que les peuples opprimés prennent en charge leur destin. L’implantation passait par le choix d’un partenaire bolivien dans ce domaine, en milieu paysan quechua. Nous avons choisi ACLO, « Action Cultural Loyola », une association bolivienne à qui nous avons proposé d’établir une équipe permanente mixte (4 Européens et 4 Boliviens) sur la région Nord Cinti (département Chuquisaca), pour renforcer le travail entrepris. Ensemble et avec les paysans, nous avons construit un centre de formation avec accueil d’une capacité de 50 lits. Il accueillait les paysans venant de loin. Notre zone de travail concernait environ 25 000 habitants très isolés, avec un infirmier et un technicien agricole.

Quels étaient les différents aspects de cette mission ?

Portée par les méthodes pédagogiques de l’éducation populaire, l’action avait une 1ère dimension technique et économique (agricole, santé, etc.), pour proposer des améliorations qui prennent en compte les techniques locales. Par exemple, la formation d’agents de santé valorisait le savoir des guérisseurs locaux, tout en proposant des améliorations. Il y avait une autre dimension : puisque la plupart des paysans quechua vivaient leur culture dans l’humiliation et le secret, on se devait de leur redonner la fierté d’appartenir à leur culture. Un peuple qui n’est pas fier de son identité ne peut pas construire son avenir. Enfin, le 3e aspect visait l’organisation du monde paysan. Nous avons formé des leaders du syndicat paysan local, pour mobiliser et proposer des alternatives à la politique agricole en vigueur et créer un mouvement qui pèse sur la politique agricole.

Comment le projet a-t-il évolué ?

Après le coup d’Etat de 1980, ACLO a été contrainte de fermer sa radio en quechua prise par les militaires. L’équipe de Frères des Hommes a dû cacher tout le matériel pédagogique en l’enterrant dans la rivière. Les militaires ont reproché aux paysans d’organiser un syndicat et d’être subversifs. Mais les paysans se sont montrés habiles : ils ont expliqué leurs activités agricoles ou de santé et l’organisation de la coopérative. Finalement, les militaires les ont laissés tranquilles. Si aujourd’hui la Bolivie a un syndicaliste indien pour président, ce n’est pas un hasard ; entre autres raisons, c’est le fruit d’un long et patient travail des ONG boliviennes, soutenues par des ONG progressistes européennes telles que Frères des Hommes. Avec le recul, j’ai l’intime conviction de la pertinence du concept « d’éducation populaire » pour que les peuples des pays du Sud se prennent en main, qu’ils construisent leur histoire et proposent un modèle de développement, qui leur permette de vivre leur culture, dans la dignité. Cette conviction et l’expérience acquise auprès de Frères des Hommes m’ont suivies tout au long de mon parcours, que ce soit au Salvador, en tant qu’organisateur d’un programme de formation, ou en France, auprès des jeunes en difficulté.

Aujourd’hui Frères des Hommes s’engage en Bolivie sur 2 actions : l’une sur le soutien des paysans pour le développement d’une économie solidaire et l’autre sur le tourisme solidaire

Cet article est paru en décembre 2010 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.
Mise à jour: mercredi 6 juillet 2011

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