Les familles paysannes ont vendu leurs terres en 1999, et les terres ont été intégrées à la plantation de palmiers à huile. Il était alors prévu une répartition des bénéfices entre la compagnie et les habitants. M. Supri Suyardi, du village de Cengar Kecamantan, est paysan. Il raconte : « Dans le contrat signé avec la compagnie, il était prévu que pour une surface d’un hectare, chaque paysan gagne 2 millions de rupiahs par mois [environ 180 €]. Or, bien que chacun d’entre nous possède entre 2 et 4 hectares, nous gagnons seulement 40 000 rupiahs par mois [environ 4 €]. » Les paysans accusent la compagnie d’avoir changé les termes du contrat sans les avoir informés.
Les familles paysannes se sont alors mobilisées : tout d’abord, « des représentants des paysans ont essayé de négocier pour plus de transparence, et une meilleure répartition des bénéfices. Mais la compagnie n’a pas reconnu nos droits, et nous avons décidé de nous déplacer. C’est pour cela que nous avons manifesté sur la plantation, avec des paysans de 11 villages de la province de Kepuluan Riau. »
La mobilisation permet l’ouverture d’une enquête
KPA et des organisations paysannes et de défense des droits humains ont immédiatement apporté leur soutien aux paysans. A l’occasion d’une conférence de presse le 9 juin, ils ont demandé que les responsables soient jugés. Le jeudi 10 juin, une délégation de KPA s’est rendue au quartier général de la police nationale afin de remettre un rapport sur les événements. Une banderole a été déployée et des paysans ont joué une pièce de théâtre. Avec 2 paysans de Riau qui ont témoigné des événements, ils ont rencontré la Commission nationale des Droits de l’Homme, la Commission nationale de la Police, et la Commission des témoins. Les membres des commissions ont reconnu la gravité de la situation et se sont mises d’accord pour ouvrir une enquête.
Pour les paysans de Riau victimes des violences, la mobilisation pacifique de KPA est fondamentale, comme en témoigne M. Supri Suyardi :
« Oui, j’ai peur d’aller sur mon terrain ; on a tous peur d’aller au champ. Qu’est-ce qu’on peut faire face à la police, à l’armée ? Mais heureusement nous ne sommes pas seuls. KPA et ses partenaires sont avec nous, ils médiatisent cet événement et nous soutiennent face aux forces de l’ordre. Sans eux, je ne pense pas qu’on aurait autant parlé de ce cas, et que les autorités auraient cherché à comprendre. Peut-être que grâce à cette mobilisation, plus personne ne sera tué. Je l’espère. »
Pour en savoir plus sur les activités mises en place par KPA avec le soutien de Frères des Hommes :
Indonésie - Des lois agraires justes !Thibault Simonet est en stage en Indonésie auprès de KPA, pour Frères des Hommes. Suivez son blog :
http://blog.fdh.org/thibault/?
| Cet article est paru en été 2010 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici. |
Pour la mise en place de ce projet mené avec KPA, Frères des Hommes a obtenu le soutien financier de l’Union européenne.








