Indonésie - Les militants indonésiens s’emparent de la Constitution pour défendre leurs droits

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Cet article est paru en mai 2008 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

La journée internationale des luttes paysannes du 17 avril dernier a été l’occasion pour les militants du Syndicat indonésien des paysans [1] de s’allier à d’autres mouvements sociaux lors de l’ « assemblée populaire : la voie constitutionnelle pour répondre à la crise » qui a regroupé 150 personnes. A l’initiative du collectif du Mouvement des peuples contre le néo-colonialisme et l’impérialisme Gerak Lawan qui rallie une quinzaine d’organisations [2], cette assemblée a examiné la constitutionalité des politiques mises en œuvre par le gouvernement. Elle s’est inscrite dans la continuité de la lutte contre la nouvelle loi sur l’investissement, votée en mars 2007 [3].

Examiner la constitutionalité des pratiques politiques et faire droit à la souveraineté du peuple

En plus de la commémoration du 17 avril, c’est le contexte actuel de l’Indonésie, tant politique qu’économique qui a motivé l’évènement. Paysans, ouvriers, pêcheurs, militants pour l’annulation de la dette, défenseurs de l’environnement... ont pu exprimer leurs points de vue sur les enjeux socio-économiques actuels lors de cette assemblée qui s’est tenue à Jakarta. Ils ont échangé leurs inquiétudes concernant le peu de reconnaissance dont font l’objet les droits du travail, et le contexte actuel de la crise alimentaire et de la hausse des prix, sur lesquels des représentants de mouvements nationaux basés à Jakarta sont intervenus.

Les militants réunis pour l'examen de constitutionnalité. © SPI Les militants réunis pour l’examen de constitutionnalité. © SPI

Mais l’essentiel de la journée était consacré à l’examen de la constitutionalité d’une dizaine de lois et décrets du gouvernement. Tous sont tombés d’accord pour dire que celles-ci sont non-constitutionelles, et ne respectent pas la souveraineté du peuple censée guider les pratiques politiques. Leurs échanges ont porté sur les moyens de soutenir la Constitution afin de bâtir une véritable justice sociale. Si celle-ci manque particulièrement aujourd’hui, c’est notamment en raison de la nouvelle loi sur l’investissement qui permet à une minorité de monopoliser l’économie du pays en ouvrant la porte à une libéralisation et une dérégulation du marché.

Une petite victoire sur le verdict de la Cour constitutionnelle

S’appuyer sur les lois telles que définies par la Constitution paye. Le 25 mars dernier, la Cour constitutionnelle a rendu son verdict final concernant l’examen de constitutionalité de la loi sur l’investissement, suite à une demande formulée par Gerak Lawan. La Cour a en partie donné raison aux militants en annulant l’article 22 qui garantissait aux investisseurs la prolongation de leurs droits fonciers pendant 95 ans. La Cour a reconnu l’article comme anti-constitutionnel, car contradictoire avec la Constitution indonésienne de 1945 qui stipule que le droit de propriété et l’économie doivent être au service du peuple. Les paysans du SPI veulent maintenant s’appuyer sur cette victoire pour poursuivre leur lutte contre la situation politique actuelle qui profite largement à une poignée de gros producteurs, de sociétés transnationales et de politiques. Ne cessant d’en appeler à la Constitution du pays, les militants ont décidé, à l’issue de l’assemblée, de tout mettre en œuvre pour renforcer l’action du peuple dans tous les secteurs de travail afin de garantir une société plus juste. Pour se faire, les membres de Gerak Lawan continuent de travailler à informer et à mobiliser la population pour l’inciter à faire valoir ses droits et à ne pas craindre de réclamer la destitution des lois et mesures politiques en cours.

A lire également
Résonances Asiatiques N° 24 - Mai 2008

[1] SPI, Serikat petani indonesia http://www.spi.or.id/en/ - spi@spi.or.id > Contacts : Mohammed Ikhwan, Zainal Arifin Fuad

[2] KPA, le Consortium pour la réforme agraire, partenaire de Frères des Hommes, fait partie de Gerak Lawan

[3] Cf. Résonances asiatiques n°18, novembre 2007

Mise à jour: samedi 10 mai 2008

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