Pour le Consortium pour la réforme agraire (Konsortium Pembaruan Agraria, KPA, la question de la réforme agraire n’est pas réservée aux paysans : c’est tout le pays qui doit s’en emparer. En effet, le secteur agricole est le premier secteur d’emploi en Indonésie. Pourtant, la plupart des familles pauvres sont paysannes. Dans un pays à fort potentiel agricole, cette situation découle de choix politiques, notamment celui de favoriser l’utilisation des sols par quelques grandes entreprises qui exploitent les forêts, les mines et les terres pour principalement exporter ce qu’elles produisent. L’agriculture familiale et vivrière, celle qui peut faire vivre les familles sans les contraindre à aller grossir les bidonvilles de Jakarta, celle qui protège la biodiversité et qui contribue à la souveraineté alimentaire du pays, a été négligée pendant toute la dictature de Suharto et depuis sa chute.
Pour que l’ensemble des citoyens indonésiens connaissent les réalités de la vie de leurs concitoyens dans les campagnes et puissent peser sur les décisions politiques qui permettent vraiment de lutter contre la pauvreté, KPA effectue un important travail de médiatisation : émissions de radio, tribunes dans les journaux, débats télévisés, conférences de presse. KPA organise également des séminaires de formation à destination des journalistes. En effet, la presse en Indonésie a beaucoup souffert et souffre encore de la censure. Pourtant, des journalistes et des unions de presse indépendants se font entendre et sont désireux d’informer réellement les Indonésiens.
KPA propose donc à des journalistes de la presse écrite, du web et de la télévision une formation qui leur permet de traiter de la question en comprenant ses enjeux et en étant au plus près des réalités locales. Wahyu Dhyatmika, journaliste, a participé à la formation. Il raconte : « Pour être franchement honnête, beaucoup d’entre nous ne savaient rien de la réforme agraire avant ces ateliers de travail. Il nous arrivait d’écrire au sujet des conflits, mais sans savoir ce qu’il y avait derrière, sans même deviner le fond du problème. » Pour Agustinus Rahardjo, qui a également participé à la formation, c’est un succès : « Beaucoup de journalistes présents ont été surpris de voir que c’était un sujet aussi complexe et profond. Il est clair que ça nous a ouvert l’esprit, que ça a changé les mentalités. » Grâce à cette formation, KPA espère que la question agraire, dont le traitement se cantonne souvent aux situations conflictuelles et de violences de la part des forces de l’ordre, pourra être traitée sur le fond.
Iwan Nurdin, en juin 2010, sur la radio nationale RRI (Radio Republic Indonesia).
Pour la mis en place de ces activités, Frères des Hommes a accompagné et formé KPA pour lui permettre d’obtenir directement auprès de la délégation de l’Union européenne à Jakarta un cofinancement de ses activités.
| Cet article est paru dans le journal de Frères des Hommes Témoignages et Dossiers en septembre 2010 :
Indonésie, au cœur de la mobilisation paysanne |








