Ils demandaient une meilleure gestion des terres par l’entreprise qui occupe les sols de leurs ancêtres. A l’arrivée de l’entreprise sur les terres des paysans, il y a 10 ans, il était prévu une répartition des bénéfices entre l’entreprise qui allait cultiver une partie des sols et les habitants. M. Supri Suyardi, paysan dans le village de Cengar Kecamantan, raconte : « Dans le contrat signé avec la compagnie, il était prévu que pour une surface d’un hectare, chaque paysan gagne 2 millions de rupiahs par mois [environ 180 €]. Or, bien que chacun d’entre nous possède entre 2 et 4 hectares, nous gagnons seulement 40 000 rupiahs par mois [environ 4 €]. » Les paysans accusent la compagnie d’avoir changé les termes du contrat sans les avoir informés.
Les familles paysannes ont d’abord cherché le dialogue avec l’entreprise. M. Suyardi explique : « Des représentants des paysans ont essayé de négocier pour plus de transparence, et une meilleure répartition des bénéfices. Mais la compagnie n’a pas reconnu nos droits, et nous avons décidé de nous déplacer. C’est pour cela que nous avons manifesté sur la plantation. » Les paysans n’ont trouvé face à eux que des armes : la brigade mobile, unité spéciale d’intervention aux méthodes extrêmement brutales, est intervenue et des coups de feu ont été tirés, faisant un mort et plus de 40 blessés parmi les manifestants, dont 20 grièvement. KPA, accompagné d’organisations paysannes et de défense des droits humains, a immédiatement apporté son soutien aux paysans. Une conférence de presse a d’abord permis de faire connaître les violences policières, et de demander que les responsables soient jugés. Puis KPA a relayé l’affaire au niveau national, grâce à des actions de plaidoyer auprès des commissions des droits de l’Homme, de la police nationale et de l’Agence nationale de la Terre, et obtenu l’ouverture d’une enquête judiciaire.
M. Supri Suyardi
Pour les paysans de Riau victimes des violences, la mobilisation pacifique de KPA est fondamentale, comme en témoigne M. Suyardi : « Oui, j’ai peur d’aller sur mon terrain ; on a tous peur d’aller au champ. Qu’est-ce qu’on peut faire face à la police, à l’armée ? Mais heureusement nous ne sommes pas seuls. KPA et ses partenaires sont avec nous, ils médiatisent cet événement et nous soutiennent face aux forces de l’ordre. Sans eux, je ne pense pas qu’on aurait autant parlé de notre situation, et que les autorités auraient cherché à comprendre. Peut-être que grâce à cette mobilisation, plus personne ne sera tué. Je l’espère. »
| Cet article est paru dans le journal de Frères des Hommes Témoignages et Dossiers en septembre 2010 :
Indonésie, au cœur de la mobilisation paysanne |







