Dianto, qu’est-ce qui t’a amené vers ton engagement actuel ?
Je suis né dans un petit village sur l’île de Sumatra. Quand j’ai eu un an, mes parents ont déménagé à Jakarta, la capitale de l’Indonésie, où j’ai grandi. Je suis un garçon de la métropole (rires) !
Mes parents ne sont pas des paysans mais mes grands-parents étaient ouvriers agricole. Mon père est vendeur ambulant et mes parents ont dû travailler dur pour nourrir la famille et nous donner accès à l’éducation. J’ai fini mes études secondaires à Jakarta puis en 1984 je suis allé à Bandung pour suivre des études universitaires d’anthropologie. Jusqu’alors, les étudiants qui avaient essayé de s’exprimer en politique ou de manifester avaient été réprimés par Suharto. Mais au milieu des années 1980 il y a eu une nouvelle mobilisation, des étudiants essayaient de porter des revendications politiques et j’y ai participé. Nous nous sommes investis dans la lutte pour l’accès à la terre et je suis allé à la rencontre des paysans de différents coins de l’île de Java. Certaines personnes vivaient dans des endroits délaissés par le gouvernement, qui voulait étendre les plantations [de thé et de palmiers à huile, ndlr] et construire des usines.
Quels sont tes premiers engagements politiques ?
Il y a eu des élections en 1982, j’étais alors au lycée. Les trois seuls partis politiques qui avaient le droit de se présenter m’ennuyaient. Je me disais : « pourquoi seulement trois ? ». A ce moment-là j’allais voter pour la première fois de ma vie et je me suis dit : « Peut-être que les jeunes doivent avoir leur propre parti, parce que nous somme jeunes et nous avons des points de vue différents. » Alors j’ai fait campagne pour mon propre parti politique. Je l’ai appelé le Stones parti politique, en références aux Rolling Stones que j’adore (rires). Et vous savez quel était le symbole ? La langue des Rolling Stones (rires). J’avais mis des affiches dans les différents endroits de mon lycée pour échapper aux trois partis politiques. C’était fou…
Puis mon professeur et le directeur de l’école m’ont surpris en train de les coller. C’était l’époque de Suharto et les règles étaient très strictes, mon professeur en avait très peur. Alors ils ont rapidement retiré toutes les affiches et m’ont amené dans le bureau, ils m’ont interrogé et corrigé, sans violence mais en étant très fermes. Au final, j’ai eu trois ou quatre jours de suspension. Ce n’était pas juste. C’était la première fois que j’allais décider de ne pas aller voter. Il y a eu sept élections depuis et je n’ai jamais voté parce que les élections en Indonésie ne sont pas équitables, même aujourd’hui où nous avons un gouvernement démocratique.
Tu es aujourd’hui très engagé dans la lutte pour l’accès à la terre. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’agir ?
Quand j’étais étudiant, j’ai voulu étudier le développement et j’ai trouvé un livre traduit en indonésien intitulé Le Développement mortel. L’auteure a travaillé dans une agence allemande d’aide au développement et reconnaît que certaines aides des agences gouvernementales apportées aux pays en développement amènent les populations du Sud vers le chemin de la mort. Pourquoi ? Parce que ces aides comprennent obligatoirement un apport technique, c’est-à-dire des biens fabriqués par les industries allemandes, parmi lesquels des produits chimiques. L’importation de ces produits rend la population locale dépendante de biens dont ils n’ont en réalité pas besoin. Le livre se termine en disant que l’aide au développement apportée par les pays industrialisés comme l’Allemagne peut être une sorte de meurtre en douceur dont les industries et le gouvernement tirent profit. L’auteure conclut en disant que nous devons arrêter ce genre de relation qui est injuste et empire la situation entre le Nord et le Sud. Ce livre m’a vraiment réveillé, il a changé mes perspectives et ma réflexion.
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| Cet article est paru en juin 2009 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.
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