Inde - Ursula Nathan, 40 ans de combat pour l’émancipation des femmes

Ursula a créé et est responsable de l’association Trust for Rural Development (TRD). Dans la région du Tamil Nadu au sud de l’Inde, elle s’engage aux côtés des femmes et consacre sa vie à lutter contre les injustices.

Comment et pourquoi avez-vous créé l’association TRD ?
Mon engagement a débuté au milieu des années 70 et début des années 80 au sein d’un groupe de jeunes étudiants. Je me suis alors surtout engagée aux côtés des femmes issues des populations pauvres, dont la vie quotidienne est extrêmement pénible. Après 15 ans d’expérience de terrain, en 1991, j’ai impulsé la création de l’organisation Trust for Rural Development, créée et gérée par des femmes. C’est une lutte longue et difficile pour que les femmes puissent s’épanouir socialement.

Pourquoi cet engagement aux côtés des femmes ?
En Inde, la plupart des femmes sont illettrées et ne sont pas autorisées à sortir hors du cercle familial pour des activités communes. Elles ont peu de droits, que ce soit dans leur famille ou dans la société. Les femmes gagnent de l’argent qui est ensuite dépensé pour les besoins de la famille et elles n’ont pas le droit de le dépenser pour leurs besoins personnels… Les femmes sont les plus touchées par les violences domestiques, c’est un problème récurrent auquel elles doivent faire face partout en Inde ! Nous croyons que ces problèmes peuvent être résolus notamment par le renforcement du rôle économique des femmes.

Comment avez-vous procédé pour aider les femmes à s’émanciper ?
Au début, nous avons utilisé l’éducation populaire comme moyen d’atteindre ces populations. Ce processus éducatif a permis aux femmes de prendre davantage de pouvoir dans la vie sociale et de s’emparer des problèmes auxquels devaient faire face les populations locales. Nous avons ainsi commencé à travailler avec les femmes et les enfants, et les femmes se sont engagées dans des sangam (groupes) qui ont évolué plus tard en mouvement de femmes. Ces groupes les ont aidées à mutualiser leurs économies afin de renforcer leur pouvoir économique et des femmes ont ainsi obtenu, non sans difficulté, des baux pour des terres. Ainsi, avec ce genre d’engagement et l’atteinte d’une stabilité financière, les femmes ont eu assez de force pour soulever leurs problèmes au niveau local mais aussi en dehors du district.

Comment avez-vous intégré les hommes dans ce processus ?
Quand les femmes ont commencé à donner de la voix contre les violences dont elles étaient victimes et à s’agiter contre les inégalités hommes-femmes, les hommes des villages nous ont perçu d’un mauvais œil et ont cru que nous voulions monter leurs femmes contre eux ! Nous avons donc également travaillé avec les hommes, et les formations que nous leur proposons sur l’agriculture prennent en compte l’aspect social qui leur permet petit à petit de prendre conscience des discriminations dont les femmes sont victimes.

Quelles ont été pour vous les principales difficultés ?
En tant que femme, j’ai dû faire face à beaucoup de problèmes pour constituer une ONG. J’ai dû beaucoup voyager et parfois les situations exigeaient que je reste physiquement dans certains endroits. Là, l’amour et le soutien de ma famille m’ont manqués. J’ai aussi dû faire face à beaucoup de tensions et de stress. Notre engagement sur différentes activités et particulièrement celles liées aux femmes demande beaucoup de temps et d’énergie. Ce n’est pas quelque chose qui se fait en une seule fois ! C’est un travail quotidien.

Quel message souhaitez-vous faire passer à titre personnel ?
Chers amis, vous devez essayer de mener votre société, votre pays sur la voie de la paix et de l’entraide. Le développement lui-même doit être construit avec le consentement de tous les peuples du monde. Nous ne devons pas accepter un développement qui se concentre seulement sur une minorité de personnes ou de pays !

Cet article est paru en juillet 2009 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.
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Mise à jour: lundi 27 juillet 2009