Parce qu’elle parle le kannada, la langue majoritaire de l’état du Karnataka utilisée par l’administration, elle est un relai pour les habitants du village, dont la majorité ne parle qu’ourdou. Tabassum a eu la chance d’étudier jusqu’à 18 ans, mais elle a dû ensuite arrêter car l’université était trop loin, et il n’y avait pas de bus. « J’aurais aimé être professeur », dit-elle avec une pointe de regret. Depuis la fin de ses études il y a un an, comme l’immense majorité des femmes du village, elle roule des beedis, ces petites cigarettes d’eucalyptus fabriquées à la main.
Dans une communauté où « ce sont les hommes
qui dominent », Tabassum a dû convaincre son
père pour pouvoir participer au groupement.
« Il ne voulait pas me laisser sortir ! Alors les animatrices
sont allées le voir, elles lui ont expliqué ce
que nous faisons. Il a compris que nous agissions
pour l’ensemble de la communauté et du village. »
Une première victoire pour Tabassum : « Maintenant,
mon père m’encourage ! Et c’est ma soeur
et moi qui représentons la famille dans le groupement.
On ne rate aucune rencontre. »
Aujourd’hui, le groupement rassemble près de
60 habitants, en majorité de femmes. Girija,
animatrice de Fedina dans le village, pense
pouvoir réunir un représentant par famille au
sein du collectif, soit environ 85 personnes.
Les rencontres mensuelles entre les membres du
groupement permettent d’aborder les questions
du droit des femmes, notamment la loi de
2005, bien peu connue, contre les violences
domestiques. Tabassum raconte : « Je ne savais
pas que je pouvais soutenir une autre femme de
ma communauté qui rencontrait des problèmes
de violence conjugale. Après avoir participé aux
réunions, j’ai compris que c’était possible, que
nous avions des droits et que nous pouvions agir
ensemble pour les défendre. »
En cas d’urgence, le groupe se réunit. Comme par exemple cet été lorsqu’une femme a été violemment battue par son mari. Avec l’aide de Girija, une plainte a été déposée au commissariat de police. Si cette plainte n’aboutit pas, les femmes du groupement recevront une aide juridique de Nagarathna, avocate de Fedina spécialisée dans le droit des femmes. Elle les accompagnera dans les différentes voies de recours auprès des juridictions de l’Etat, pour que la loi s’applique.
Prochaine étape pour les femmes de Dadubai Palya : faire valoir leurs droits en tant que rouleuses de beedis. En effet les travailleurs, presque exclusivement des femmes, doivent rouler 1000 beedis à la journée pour un salaire journalier inférieur à 1 €, sans aucune protection sociale. Elles ont donc décidé de la création d’un syndicat de rouleurs de beedis. Elles iront rencontrer les villages voisins pour s’unir et faire pression ensemble sur les intermédiaires qui les font travailler, pour obtenir un niveau de salaire décent.
Tabassum et les autres n’ont plus peur de se mobiliser pour défendre leurs droits : « Avant d’être dans le groupement, j’avais peur des manifestations. Maintenant, je participe à celle que nous préparons ! »
Tabassum et les membres du groupement villageois.
| Cet article est paru en décembre 2009 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.
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Pour ce projet de renforcement des droits des populations marginalisées mené avec Fedina, Frères des Hommes a obtenu le soutien financier de l’Agence française de développement













