Inde/Pakistan - Le combat pour la paix

Face à la résurgence des nationalismes, à l’intolérance religieuse et à l’escalade militaire, des mouvements citoyens indiens et pakistanais travaillent ensemble pour défendre la paix et la démocratie. Depuis 8 ans, Frères des Hommes a progressivement engagé divers partenariats en Inde et au Pakistan pour appuyer certaines de ces initiatives.

En janvier dernier, le Pakistan offrait son aide à l’Inde, touchée par un terrible séisme. Un geste rempli de symbole, pour ces deux pays en conflit depuis plus d’un demi-siècle. Des tensions éclatent périodiquement et remettent sans cesse en question l’équilibre de la région, et vont même jusqu’à menacer la paix mondiale. «  L’Inde et le Pakistan ont particulièrement attiré l’attention internationale depuis les essais nucléaires de mai 98 et l’intensification meurtrière de la guerre au Cachemire début 99 », explique Catherine Gaudard, responsable du suivi de Frères des Hommes en Asie. «  Enfermés dans une logique militaire, les deux gouvernements consacrent une part énorme de leur budget aux dépenses de guerre, au détriment des populations ». La question de la paix et du respect de la démocratie est aujourd’hui un enjeu crucial pour l’avenir de la région. De réels progrès sociaux, économiques et politiques ne pourront exister qu’à travers une coopération mutuelle.

La démocratie en danger

Les deux pays doivent également faire face à des problèmes religieux de plus en plus présents. « Après la proclamation de la République islamique, le Pakistan a vu une montée des violences sectaires au sein même de l’islam. Ces dernières décennies, les conflits internes sanglants, entre chiites et sunnites, se sont multipliés », souligne Catherine Gaudard. « Les gouvernements successifs ont fait de nombreuses compromissions avec les forces fondamentalistes islamiques, souvent au détriment des femmes ou des minorités religieuses ». A cela s’ajoute la menace des talibans, venus d’Afghanistan, qui infiltrent la société. En Inde, la tradition de démocratie laïque, représentative de toute la diversité culturelle, ethnique, religieuse de l’Union, est sérieusement remise en question depuis une quinzaine d’années. Le « communalisme », c’est-à-dire la manipulation des différences religieuses à des fins politiques, est devenu l’arme du mouvement nationaliste hindou. « Le RSS a des ramifications dans toute la société et regroupe aujourd’hui plus de 4 millions de membres », s’alarme Harsh Kapoor. «  A ce titre, il est bien plus dangereux que sa branche politique, le BJP ». La destruction de la mosquée d’Ayodhaya est un exemple de l’hégémonie de ce mouvement.

Une prise de conscience de la société

Les violences d’Ayodhaya ont provoqué un choc dans la société. Des initiatives cityennes, pour lutter contre le « communalisme », ont commencé à émerger. « C’est en 1993 que se crée à Bombay, l’association Sabrang Communications », rappelle Catherine Gaudard. Une initiative pilote, soutenue par Frères des Hommes, aborde ce combat sous le biais de l’éducation et des valeurs transmises aux enfants. Le programme KHOJ a pour but d’examiner dans les programmes scolaires ce qui entretient les préjugés et de former des enseignants laïques volontaires ». Parallèlement, des intellectuels indiens et pakistanais s’investissent dans le dialogue Inde/Pakistan. En février 1995, des militants démocratiques, des intellectuels, des syndicalistes, des universitaires, etc., pakistanais et indiens, fondent le Forum Indo- Pakistanais pour la Paix. « Son objectif est de favoriser les échanges entre groupes citoyens des deux pays et organise des activités culturelles, associatives pour construire une opinion publique en faveur de l’ouverture et de la paix », précise Catherine Gaudard. En 1998, au Pakistan, l’association PILER (Pakistan Institute for Labor Education and Research) réunit autour d’elle 24 ONG pakistanaise pour lancer une réflexion de fond sur les dangers de l’arme nucléaire, au sein de la Coalition Pakistanaise pour la Paix. Cette coalition regroupe des organisations d’horizons divers : groupes de citoyens, syndicats ouvriers, organisations de femmes, … Aujourd’hui, la coalition regroupe 200 organisations et effectue un travail de sensibilisation de l’opinion publique contre les risques du nucléaire. Mais d’autres thèmes comme l’éducation constitue des thèmes de travail pour les différents comités de réflexion.

Développer un mouvement syndical international

« Le travail qu’effectue PILER depuis 20 ans au Pakistan en fait un partenaire privilégié de Frères des Hommes . Issue du milieu syndical, elle constitue une interface entre les ONG (dont les membres appartiennent plutôt aux classes privilégiées) et les organisations de base » explique Catherine Gaudard. En 1996, PILER et le CEC (Centre d’Education et de communication) de Dehli ont initié le Forum des Travailleurs d’Asie du Sud. La première action a concerné la problématique des petits pêcheurs en appuyant la création d’un Forum Pakistanais des Pêcheurs, en 1998. « Les pêcheurs se retrouvent au coeur d’un conflit qui les dépasse », explique Mohammad Ali Shah, président du forum des pêcheurs. « Chaque année, des centaines de pêcheurs pakistanais sont emprisonnés en Inde et vice versa, parce qu’ils ont pénétré les eaux territoriales. Ils peuvent ainsi rester plusieurs années en prison ». Le Forum a déjà réussi à obtenir la libération de plusieurs centaines de prisonniers et mène une campagne de sensibilisation au niveau national et international. PILER travaille maintenant sur le problème des ouvriers de la confection. La compétition qui existe dans ce domaine entre les différents pays d’Asie du Sud entraîne une fragilisation et une baisse des conditions de travail. «  L’idée est de développer des liens, des stratégies communes entre les différents syndicats. Cela nécessite, tout comme pour les pêcheurs, de construire une organisation de la confection qui n’existe pas ». L’objectif de PILER est de défendre le statut et les droits des travailleurs les plus vulnérables.

Les Dalits, au coeur d’une problématique sociale et économique

En Inde, Frères des Hommes travaille sur la même problématique avec les Réseaux de Groupes d’Action Sociale. De larges couches de la population sont maintenues dans la marginalisation et souffrent de discriminations : les « Dalits » (ou « intouchables »), les « travailleurs liés » (en servage), les ouvriers du secteur informel ou bien encore les femmes. La problématique est à la fois sociale et économique car il existe une adéquation entre ces classes sociales et les travailleurs les plus vulnérables. Défendre le droit du travail des Dalits, par exemple, revient à remettre en question la notion « d’intouchabilité » et par là même, le système de caste indien. Le réseau organise des campagnes de sensibilisation internationale mais travaille aussi sur le terrain pour informer les gens dans les quartiers.

Témoignages et dossiers Mars 2001

Mise à jour: samedi 10 mars 2001

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