Inde - L’industrie textile, pépinière pour la création de syndicats de travailleurs

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Cet article est paru en février 2008 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

Une centaine de femmes et d’hommes, tous ouvrières et ouvriers de l’industrie textile ont participé l’été dernier à la formation à la syndicalisation à Kolar Gold Fields, ville de l’Inde située au sud de Karnataka. Organisée par la Fondation pour les innovations éducatives en Asie (Fedina) [1], cette formation s’inscrit dans un programme de sensibilisation de travailleurs à la législation du travail et à la revendication de leurs droits.

S’unir pour une revendication plus efficace

Par le biais de cette rencontre avec les travailleurs du secteur informel dans le sud de l’Inde, Fedina accompagne leur syndicalisation. La condition des ouvriers et ouvrières de l’industrie textile est précaire. Bas salaires, absence de protection sociale, heures supplémentaires obligatoires, agressions verbales ou parfois même harcèlement sexuel sont les problèmes auxquels sont confrontés ces hommes et ces femmes employés pour la majeure partie d’entre eux sans contrat écrit. En matière de revendications, il est très souvent difficile, voire dangereux, d’agir seul : se regrouper permet l’action. Un syndicat est un instrument que se donnent les travailleurs pour exiger des conditions de travail meilleures et défendre leurs droits avec plus de force. En la matière, Fedina peut se prévaloir d’une expérience forte. En mars 2006 elle a crée le GATWU [2], syndicat des travailleurs de l’industrie textile et de la confection, affilié au syndicat national New Trade Union Initiative. Ensemble, ils prennent en charge les questions liées à la législation du travail et plus largement les problèmes auxquels sont confrontés les ouvriers indiens.

Une animatrice de Fedina entourée par des ouvriers et des ouvrières de la confection textile à Kolar Gold Fields / © Fedina Une animatrice de Fedina entourée par des ouvriers et des ouvrières de la confection textile à Kolar Gold Fields / © Fedina

La formation à la syndicalisation organisée par Fedina s’inscrit dans la lignée de la création du GATWU, avancée majeure dans la mobilisation pour des conditions de travail décentes. Cette rencontre a offert à d’autres ouvriers et ouvrières de la confection textile le moyen de s’informer et de former ensemble un bloc de pression solide et uni capable de faire valoir leurs droits, sur le modèle du GATWU.

Créer un espace de dialogue et d’écoute

La formation a été animée principalement par des animateurs de Fedina accompagnés de la présidente du GATWU. Les participants ont témoigné des conditions de travail pénibles, permettant ainsi un partage fort des expériences et l’émergence d’une prise de conscience collective. Les animateurs ont expliqué aux travailleurs l’importance de former des petits syndicats pour défendre leurs intérêts moraux et matériels afin de pouvoir participer aux décisions et bénéficier dans chaque unité de travail d’un espace de liberté, d’écoute et de débat. Ces mises au point indispensables ont permis ensuite d’aborder les questions concrètes liées à la syndicalisation.

Ainsi, l’animateur a expliqué aux ouvriers le principe de la chaîne de manufacture, qui va de l’achat des matières premières jusqu’à la livraison des produits finis au consommateur. Les ouvrières et les ouvriers ont pris conscience de leur poids, et de leur marge de manœuvre. Ils ont compris que dénoncer leurs conditions de travail auprès des magasins qui vendent vêtements et chaussures fabriqués par les entreprises qui les exploitent est un moyen de pression important qu’il leur faut apprendre à utiliser. « J’étais très réticente au départ à l’idée de participer à cette formation. Pour moi ce n’était qu’une réunion de trop dont je ne voyais pas l’utilité. Mais à présent je comprends la nécessité de former un syndicat pour revendiquer le droit à des conditions de travail meilleures », confie une participante à l’issue d’une séance de formation. Ces propos positifs démontrent que la crainte d’être licencié en cas de protestation est peu à peu remplacée par le courage de défendre collectivement le droit à une amélioration des conditions de travail et de vie.

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Résonances Asiatiques N° 21 - Février 2008

[1] Fedina : Federation for educational innovations in Asia fedina@bgl.vsnl.net.in > contact : Duarte Barreto. Fedina est partenaire de Frères des Hommes

[2] GATWU : Garment and Textile Workers Union

Mise à jour: dimanche 10 février 2008

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